
Le Livre de Jean Staune : « Notre existence a-t-elle un sens ? »
aux éditions de la Renaissance
Ci-dessous un résumé des six parties
de l’ouvrage tel qu’il a été présenté par l’auteur lors de la réunion de l’Unité
de Recherche du Projet Nouveau Regard le 17 février 2007.
Qu’est-ce
que le Réel ?
•
Le Principe d’incertitude de Heisenberg nous enseigne qu’une incertitude fondamentale
existe dans l’Univers au niveau des particules élémentaires. Le déterminisme n’est
pas universel.
•
L’expérience des fentes de Young nous montre que les fondements de la matière
ne sont pas des objets matériels.
•
L’existence d’une dimension non-locale ou holistique dans l’Univers a été démontrée
expérimentalement. Toute future théorie relative à la réalité devra tenir compte
du fait que, dans certaines situations, deux particules doivent être considérées
comme un unique objet quelle que soit la distance qui les sépare.
•
Nos concepts traditionnels concernant le temps, l’espace, les objets, les trajectoires,
la causalité ne s’appliquent plus au niveau microphysique.
•
Le monde qui nous entoure, celui des phénomènes, ne peut être décrit sans tenir
compte de la façon dont nous le mesurons. On dit qu’il a une objectivité faible.
•
La réalité véritable est, par définition, à objectivité forte : elle ne dépend
pas de la façon dont nous l’observons. Si une telle réalité existe, elle ne peut
être identifiée à la réalité phénoménale, celle où nous vivons.
•
Si l’on veut rester réaliste, il faut donc postuler un réalisme non-physique dans
lequel la réalité véritable ne correspond pas à ce que l’on peut voir, mesurer,
toucher. Elle est en grande partie voilée.
•
A moins d’adopter des modèles cohérents en terme de formalisme mais ayant des
conséquences absurdes (univers parallèles…) ou des modèles dont le formalisme
pose des problèmes (potentiel quantique), il semble bien que cette réalité indépendante
ne puisse être conçue comme étant immergée dans l’espace-temps. Et qu’il en est
de même pour les particules élémentaires qui constituent le fondement de tout
ce que nous pouvons observer.
•
Toutes les recherches actuelles semblent montrer que loin de revenir aux conceptions
classiques, la physique se dirige vers des visions encore plus éloignées de nos
concepts familiers.
D’où
venons-nous ?
•
Tout l’univers que nous pouvons observer vient d’un point très petit, très dense
et très chaud qui a explosé (voir doublement explosé) il y a à peu près 14 milliards
d’années. Il ne faut pas concevoir cette explosion comme quelque chose explosant
dans un espace vide préexistant. En fait, l’espace et le temps se sont développés
avec l’explosion elle-même.
•
Le fait que le temps et l’espace, sous la forme que nous leur connaissons, ne
soient pas éternels nous amène au minimum à bouleverser nos conceptions les concernant,
voire à concevoir un niveau d’existence sans temps ni espace.
•
Les constantes fondamentales et les conditions initiales de notre univers ont
des valeurs très particulières. Si on les modifie un tant soit peu, la complexité
ne pourrait plus se développer et l’Univers serait stérile.
•
L’existence de ce réglage très fin a réintroduit la question de l’existence d’un
créateur (quel qu’il soit) dans les débats entre scientifiques et non plus seulement
dans les débats entre théologiens et philosophes.
•
L’existence d’un principe créateur serait particulièrement plausible s’il n’existait
qu’un seul Univers, tandis que l’hypothèse que nous sommes là par hasard serait
la plus probable s’il existait une infinité d’univers ayant chacun des caractéristiques
différentes.
•
En dehors de cette question du réglage, l’étude des lois de l’Univers amène de
nombreux physiciens et astrophysiciens, à commencer par Einstein lui-même, à penser
que ces lois correspondent à la manifestation d’une intelligence dépassant de
très loin la nôtre.
•
La nature de 96% de l’ensemble de la masse et de l’énergie qui compose l’Univers
nous est inconnue. L’élucidation de cette nature sera l’un des grands domaines
de recherche pour les astrophysiciens du xxie siècle.
•
Un autre objectif essentiel au xxie siècle sera le développement d’une théorie
unifiant la Relativité Générale et la Physique Quantique.
•
Nos progrès techniques permettent d’affirmer qu’au cours du xxie siècle nous détecterons
autour d’autres étoiles des planètes ayant des caractéristiques proches de celles
de la Terre. L’éventuelle détection de signes de vie sur de telles planètes pourrait
représenter l’un des grands changements de vision du monde de l’histoire humaine.
• Sommes-nous
ici par hasard ?
•
Le fait que les espèces dérivent le unes des autres est confirmé par de multiples
corrélations entre des observations expérimentales portant sur les fossiles ou
la structure des gènes. Sur cet arbre, qui se complète et se précise de mieux
en mieux, nous avons bien des singes, des batraciens, des poissons, des invertébrés
parmi nos ancêtres. Toute remise en cause du concept d’évolution est donc à rejeter
de la façon le plus forte possible. Une telle remise en cause est totalement antiscientifique.
•
Aujourd’hui, la majorité des biologistes adhère à la théorie darwinienne selon
laquelle l’action de la sélection naturelle sur les produits de mutations dues
au hasard suffit pour expliquer l’évolution au cours des temps géologiques et
selon les processus aléatoires indiqués.
•
Mais toute une série de faits semblent montrer que si l’action de la sélection
naturelle est incontestable, elle n’a pas la puissance nécessaire pour que des
mécanismes darwiniens puissent expliquer l’évolution de façon globale.
•
Le caractère aléatoire de la plupart des mutations est incontestable, mais il
ne semble pas que ce soit le cas de toutes les mutations.
•
Toute une série de faits provenant aussi bien de l’embryologie que de la paléontologie
indique que l’évolution est canalisée vers certaines directions et que le rôle
du hasard est moins important que celui prévu par la théorie darwinienne.
•
Des raisons pratiques (la structure des archives fossiles) et des raisons théoriques
amènent à penser que l’évolution n’est pas un long fleuve tranquille, que des
sauts se produisent, que l’évolution passe parfois d’un type à un autre sans intermédiaire.
•
Il semble que certains de ces sauts soient extrêmement peu probables si l’on ne
fait pas appel à l’existence de plans d’organisation fondamentauxl, de formes
archétypale qui, comme la structure des cristaux de neige, seraient inscrites
dans les lois de la nature ; les formes des êtres vivants ne seraient donc
pas contingentes.
•
Les progrès des démarches de simulation et de modélisation semblent montrer (même
si l’on n’a pas encore de vraies preuves dans ce domaine), que les processus darwiniens,
s’ils expliquent parfaitement la microévolution (l’évolution à l’intérieur d’un
type) ne sont pas de nature à expliquer la macroévolution (le passage d’un type
à un autre).
•
Il semble qu’un nouveau paradigme soit nécessaire pour comprendre l’évolution.
Les éléments que nous possédons déjà conduisent à penser que ce nouveau paradigme
laissera moins de place que le darwinisme à la contingence, et que, donc, nous
ne sommes pas apparus complètement par hasard.
• Qui sommes-nous ?
•
Partant d’observations montrant que des lésions cérébrales peuvent modifier la
personnalité et le comportement d’un être humain, la plupart des spécialistes
du cerveau pensent que la conscience est produite par l’activité neuronale.
•
Un certain nombre d’expériences semblent réfuter la correspondance exacte entre
les phénomènes neuronaux et des phénomènes mentaux.
•
D’autres expériences indiquent que nous possédons un libre-arbitre (au moins partiellement)
et que la question du sens de nos actes est fondamentale pour nous.
•
Certaines expériences semblent montrer que le temps de la conscience ne s’identifie
pas au temps des neurones, voire même que la conscience puisse jouer avec le temps.
•
Il existe de nombreuses théories de la conscience, certaines très réductionnistes,
d’autres basées sur la notion d’émergence, mais aucune ne semble en mesure d’apporter
une réponse à ces problèmes et aucune ne semble devoir s’imposer même à titre
d’hypothèse.
•
Des problèmes fondamentaux restent à expliquer. Le principal est le fossé qui
sépare les phénomènes physiques qui caractérisent l’activité neuronale des sensations
subjectives que nous éprouvons.
•
De nombreux mathématiciens affirment que leur esprit peut, d’une façon ou d’une
autre, entrer en contact avec un monde des objets mathématiques.
•
Parmi ces mathématiciens, Kurt Gödel a démontré, grâce à son célèbre théorème
d’incomplétude de la logique, que nous pouvions percevoir la vérité de certaines
propositions sans que celles-ci soient démontrables, ce qui suggère que nous pourrions
avoir une perception directe de certaines vérités.
•
Tout cela conduit à penser que l’esprit qui nous anime n’est pas uniquement un
produit de l’activité neuronale, même s’il ne peut pas s’exprimer sans l’aide
de celle-ci. Le dualisme redevient une hypothèse acceptable, et cela au strict
plan de la rationalité scientifique, surtout depuis que des modèles montrant comment
l’esprit pourrait agir sur le cerveau sans violer les lois physiques ont été élaborés.
• SYNTHÈSE
DES FAITS
•
En astrophysique, les notions de temps et d’espace éternel et infini de Newton
ont été remplacées par la relativité du temps et de l’espace d’Einstein – relativité
qui portait en elle les germes de la théorie du Big Bang, qui a elle-même généré
le principe anthropique.
•
En physique, le déterminisme de Laplace, qui stipulait que l’on pouvait, en théorie,
connaître tout le futur de l’Univers à partir de la connaissance des forces de
la nature et de la position des objets qui la composent, a été remplacé par le
principe d’incertitude de Heisenberg selon lequel il est impossible de connaître
tout à la fois la position et la vitesse d’une seule particule.
•
En mathématiques, le programme de Hilbert – solution finale au problème des fondements
de la logique – a été remplacé par le théorème d’incomplétude de la logique de
Kurt Gödel, qui implique que, au cœur même des mathématiques, des vérités peuvent
être perçues avec certitude sans pour autant être démontrables.
•En
chimie, les idées classiques d’étude de l’équilibre d’un Marcellin Berthelot ont
été remplacées par la thermodynamique du non-équilibre développée par Ilya
Prigogine, par les notions de bifurcation, d’effet papillon, qui débouchent sur
l’imprédictibilité de phénomènes macroscopiques.
•
En neurologie, l’Homme neuronal de Changeux a été mis à mal par les expériences
de Libet sur l’antédatage de la perception et sur l’existence d’un libre-arbitre
exerçant un droit de veto sur les processus initiés inconsciemment par le cerveau.
•
Les conceptions darwiniennes selon lesquelles l’évolution serait un phénomène
purement contingent, puisque basée uniquement sur des mutations aléatoires triées
par la sélection naturelle, sont remises en cause par des approches de l’évolution
comme celles de Conway-Morris, Denton ou C. de Duve au sein desquelles le hasard
est canalisé par une structuration des lois physiques et biologiques dont la découverte
n’est pas encore achevée.
•
Ces approches donnent une crédibilité nouvelle à la conception platonicienne selon
laquelle les grandes familles d’êtres vivants sont inscrites dans les lois de
la nature comme la structure des cristaux de neige ou les structures des protéines.
• IMPLICATIONS MÉTAPHYSIQUES
•
L’affirmation classique « tout est matière » n’a simplement plus
de sens sur le plan scientifique. Non seulement les fondements des objets se sont
dissous – en quelque sorte – au point que Banesh Hoffmann a pu écrire, comme nous
l’avons vu, que les protons, les électrons, ne sont pas localisés dans
l’espace et le temps (même quand ils constituent des objets qui, eux, sont localisés
!) et peuvent passer à travers des murs. Mais, en plus, la réalité est non-locale
et si l’on veut être réaliste (position standard pour un matérialiste), il semble
bien qu’il faille postuler avec B. d’Espagnat un réalisme non-physique de type
platonicien.
•
Alors qu’on ne s’y attendait nullement suite à des siècles durant lesquels la
cosmologie avait déconstruit toutes les visions religieuses anthropocentriques,
des recherches de pointe en astrophysique ont ramené à l’intérieur de la science
la question (mais pas la réponse, car on peut toujours imaginer qu’il existe une
infinité d’univers parallèles) de la finalité et de l’existence d’un Dieu, d’un
principe créateur, d’un Grand Architecte (appelez-le comme vous voulez) faisant
ainsi voler en éclat un tabou et contribuant à découpler la science et le matérialisme
méthodologique (et non pas seulement la science et le matérialisme philosophique),
ce que la physique quantique avait déjà commencé à faire.
•
L’ennemi absolu du matérialisme, le dualisme – la conception selon laquelle un
esprit séparé de la matière peut exister – redevient crédible depuis que la physique
quantique a montré qu’une dimension non physique de la réalité pouvait exister
et interagir avec la nôtre, et depuis que Beck et Eccles ont développé un modèle
théorique montrant que cette interaction pouvait exister sans violer aucune des
lois de la physique. Mais, de plus, le dualisme apparaît comme la meilleure explication
et la direction de recherche la plus féconde du fait, entre autres, des expériences
de Libet.
•
Le paradigme même de la rationalité classique (l’idéal d’axiomatisation) a été
anéanti par le théorème de Gödel qui, en validant une conception platonicienne
de la vérité en mathématiques, apporte une forte crédibilité aux témoignages des
grands mathématiciens disant qu’ils sont en contact avec un monde des mathématiques
qui n’est pas une création de leur esprit.
• L’idée d’une évolution orientée,
canalisée, ou pouvant se répéter, développée respectivement par Denton, Conway-Morris
ou C. de Duve, donne une crédibilité scientifique à des intuitions comme celles
de Teilhard de Chardin, qui avancent que la contingence ne règne pas en maître
dans le domaine de la biologie et qu’un être pourvu d’une conscience de lui-même
devait apparaître, que nous étions en quelque sorte attendus, voire que les nœuds
du grand arbre de la vie sont prédéterminés depuis le Big Bang. Voir Conway-Morris, 2003,
p. 310.
La situation du scientisme et du matérialisme scientifique aujourd’hui : un seul bâtiment tient encore debout (tout en étant fortement endommagé): le darwinisme. Les autres ont simplement disparu…