Wisques, 16-17 octobre 1999

Nouveau Regard sur les apparitions

Séminaire animé par Mgr André Mutien LEONARD,
Evêque de Namur.

et M. le Chanoine René LAURENTIN

Présentation du thème

 

Les deux Modérateurs sont membres de l’Unité de Recherche du Projet Nouveau Regard. Mgr André M. LEONARD, Evêque de Namur, est licencié en théologie, docteur et maître agrégé en philosophie, ancien membre de la Commission internationale de Théologie (Rome). Le Chanoine René LAURENTIN est docteur ès-lettres, docteur en théologie, licencié en philosophie thomiste, membre de trois Académies Pontificales et grand expert en matière d’apparitions et de phénomènes mystiques. Il est l’auteur de nombreux ouvrages de théologie, de théologie biblique et de spiritualité.

Une vingtaine de membres du PNR ont participé à ce séminaire avec la communauté de Saint-Paul ; mais la réunion de synthèse n’a pu se tenir à l’abbaye Notre-Dame, les moniales étant en retraite. Une Table Ronde réunissait le Révérend Père Bertrand de MARGERIE SJ., Monsieur Pierre PERRIER, de l’Académie des Sciences, Monsieur Edouard BELAGA, Mathématicien, le Docteur Jean Claude MOLINIER, Médecin, et Dom Gérard LAFOND. Exceptionnellement, le premier exposé de Mgr LEONARD a eu lieu le samedi 16, avant la Messe conventuelle, le Conférencier devant nous quitter en début d’après-midi.

Le séminaire était invité à réfléchir sur les apparitions en contexte chrétien : 1) Le fait des apparitions dans l’Eglise. Le phénomène en lui-même : approche scientifique et anthropologique. Distinguer vision et apparition. Regard sur l’autre face de la création ? L’œil humain peut-il voir l’invisible ? - 2) Approche théologique : dans la logique de l’Incarnation et de la venue du Royaume ? Apparition, eschatologie, et processus de transfiguration du monde ? Ou phénomène aberrant et négligeable ? 3) Apparition et Foi : le statut des apparitions et des miracles. La portée des messages et leur signification. L’apparition comme signe : symbolisme et interprétation. Les critères de discernement. Deux écueils : crédulité et rationalisme. Le jugement de l’Eglise. NB. : Le séminaire, évidemment, ne suffira pas à traiter de toutes ces questions, qui pourront être reprises par la suite…

Présentation du thème

En ouvrant le séminaire, le Père Abbé a présenté quelques points importants pour notre réflexion, à savoir :

  1. Le fait massif des apparitions et visions dans l’histoire de l’Eglise, à partir des apparitions pascales – faisant suite aux " angélophanies " de l’Ancien et du Nouveau Testament – mais surtout ces derniers temps. La nécessaire distinction entre la Révélation, close avec l’âge apostolique, et les révélations, qui n’apportent pas de vérités nouvelles, mais en sont comme l’illustration et la remise en mémoire, parallèlement à l’enseignement du Magistère et sous son discernement.
  2. Les réactions contemporaines devant ce fait : rejet pur et simple ou méfiance excessive  par préjugé rationaliste ; indifférence, pour des motifs contradictoires : la foi (Je n’ai pas besoin de cela pour croire), ou le matérialisme pratique (imperméabilité à toute manifestation surnaturelle) ; crédulité : tendance à accepter sans examen tout phénomène extraordinaire, par curiosité et désir de connaître l’invisible, l’au-delà, l’avenir. Peut mener à la superstition ; enthousiasme, parfois excessif, de la part de fidèles qui en font " leur religion ". Enfin, l’attitude juste : discernement prudentiel et acceptation de ce qui est bon, avec action de grâces et effort de conversion. C’est l’attitude du Magistère de l’Eglise, quand il n’est pas contrarié par des commissions d’experts influencés par le rationalisme.
  3. Apparition et Nouveau Regard. L’apparition – quand elle est authentique – est d’abord une manifestation du Regard miséricordieux de Dieu sur notre monde appelant l’homme à regarder vers Lui. Elle se situe au-delà du regard humain : chez le voyant, elle élève le sens de la vue, normalement borné au sensible, à l’appréhension du supra-sensible. Mais ce charisme est accordé pour le bien des fidèles d’une communauté chrétienne particulière, d’une époque déterminée, ou pour le bien de toute l’Eglise, voire du monde contemporain.
  4. Il faut donc distinguer : le regard du voyant, témoin de ce qu’il a vu personnellement, et le regard (intérieur) de ceux qui, sans avoir vu, ajoutent foi à son témoignage. Même chez le voyant, l’apparition ne supprime pas la foi, car le sens dont elle est porteuse (qu’il y ait ou non message explicite par des paroles prononcées) dépasse toujours le signe sensible, a besoin d’être interprété et conduit à une réalité proprement surnaturelle : reconnaissance de la Présence d’une Personne qui n’est pas (ou n’est plus) de ce monde, attribution à cette Personne – et, en définitive, à Dieu lui-même qui l’envoie – des signes manifestés, de telle parole prophétique, et tel appel à la prière, à la pénitence, à la conversion… Il n’y a de nouveau regard que pour celui qui dépasse le signe pour accéder à la chose signifiée et accepte de se remettre lui-même en question.

  5. Notre séminaire interactif a pour objet de scruter le phénomène et de le situer par rapport à la foi et par rapport à l’anthropologie. Il comporte donc : les exposés des deux intervenants, les réactions de la Table Ronde, les questions des Auditeurs.

Gérard Lafond

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