Culture et regard
En lisant un document officiel
du Conseil Pontifical de la Culture
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" Pour une Pastorale de la Culture " est une brochure de 85 pages, émanant du Conseil Pontifical de la Culture. Sous les signatures de son Président le Cardinal Paul POUPARD et de son Secrétaire le P. Bernard ARDURA, elle expose avec beaucoup de clarté et de lucidité l’immense champs d’action de l’Eglise dans le domaine de la culture, au seuil du IIIe millénaire. L’intention du Saint-Père est sans équivoque : " J’ai institué le Conseil Pontifical de la Culture afin d’aider l’Eglise à vivre l’échange salvifique où l’inculturation de l’Evangile va de pair avec l’évangélisation des cultures " (cité p. 80). Les sujets abordés, " les nouveaux aréopages " recouvrent en fait la quasi totalité des activités humaines : Ecologie, science, philosophie et bioéthique ; la famille et l’éducation ; art et loisir – travail, sport, voyages, tourisme…Le document fait aussi une série de propositions concrètes pour l’animation de la culture dans tous les domaines et tous les milieux. Les participants au Projet Nouveau Regard ne s’étonneront pas de retrouver dans ce document la plupart des intuitions qui ont été à l’origine de leur démarche. Voici quelques passages qui ont retenu particulièrement notre attention. Les soulignements sont de nous. " Les conditions de vie de l’homme moderne en ces ultimes décennies du second millénaire ont été si profondément transformées que le concile Vatican II n’hésite pas à parler d’un nouvel âge de l’histoire humaine (GS n°54). Pour l’Eglise, c’est un kairos, temps favorable à une nouvelle évangélisation, où les nouveaux traits de la culture constituent autant de défis et de points d’appui pour une pastorale de la culture " (n° 7). " Une nouvelle prise de conscience s’affirme avec le développement de l’écologie. Ce n’est pas une nouveauté pour l’Eglise : la lumière de la foi éclaire le sens de la création et les rapports entre l’homme et la nature. Saint François d’Assise et saint Philippe Néri sont les témoins symboles du respect de la nature qui s’inscrit dans la vision chrétienne du monde créé. Ce respect trouve sa source dans le fait que la nature n’est pas la propriété de l’homme ; elle appartient à Dieu, son Créateur qui lui en a confié la gérance (Gn 1, 28) pour qu’il la respecte et y trouve sa légitime subsistance. " La vulgarisation des connaissances scientifiques conduit souvent l’homme à se situer dans l’immensité du cosmos et à s’extasier devant ses propres capacités et devant l’univers, sans penser le moins du monde que Dieu en est l’Auteur…Même si la science, de par son prestige, imprègne fortement la culture contemporaine, elle ne saurait saisir ce qui constitue dans sa substance l’expérience humaine, ni la réalité la plus intrinsèque des choses. Une culture cohérente, fondée sur la transcendance et la supériorité de l’esprit face à la matière, requiert une sagesse où le savoir scientifique se déploie dans un horizon éclairé par la réflexion métaphysique. " Sur le plan de la connaissance, foi et science ne sont pas superposables, et il convient de ne pas confondre les principes méthodologiques, mais de distinguer pour unir, et retrouver, par delà la dispersion du sens dans les domaines cloisonnés du savoir, cette synthèse harmonieuse et le sens unifiant de la totalité qui caractérisent une culture pleinement humaine. En notre culture éclatée qui peine à intégrer la foisonnante accumulation des savoirs, les merveilleuses découvertes des sciences et les remarquables apports des techniques modernes, la pastorale de la culture requiert comme présupposé une réflexion philosophique qui s’attache à organiser et structurer l’ensemble des savoirs et affirme, ce faisant, la capacité de la vérité de la raison et sa fonction régulatrice dans la culture. " La fragmentation du savoir entrave l’unité intérieure de l’homme contemporain, parce qu’elle entraîne une approche parcellaire de la vérité, et, par conséquent, fragmente le sens. Comment l’Eglise pourrait-elle ne pas s’en inquiéter ? Cette tâche d’ordre sapientiel dévolue aux Pasteurs découle pour eux directement de l’Evangile, et ils ne peuvent se soustraire au devoir de l’accomplir " (Fides et Ratio, n° 85) – (n°11). " …Nous vivons une période particulièrement favorable au dialogue entre science et foi " (n° 12). Le document propose de " développer un enseignement pluridisciplinaire et cohérent (qui) aidera à créer un milieu favorable au dialogue entre science et foi " ; d’encourager " la formation de consultants qualifiés, aussi bien dans les sciences physiques ou de la vie qu’en théologie ou philosophie des sciences, aptes à intervenir aussi bien sur Internet qu’à la radio ou à la télévision " ; de créer " des réseaux de communication entre savants catholiques enseignant dans des institutions supérieures catholiques, les universités d’Etat, les institutions privées et les centres privés de recherche, comme entre académies scientifiques, associations d'experts en technologie, et conférences épiscopales… bref, " une pastorale propre à susciter et alimenter une profonde vie spirituelle chez les scientifiques ". On ne peut tout citer, mais il est particulièrement réconfortant pour nous de lire ces lignes qui rejoignent nos propres réflexions et notre démarche " du regard fragmenté sur un monde éclaté à un regard unifié sur un monde en communion ". Nous retrouvons aussi le principe thomiste cher à Jacques MARITAIN, qui commande notre attitude dans tous les domaines : " Distinguer pour unir – non pour fragmenter, ni pour fusionner ". Même constatation en ce qui concerne l’art, partie essentielle de notre Projet Nouveau Regard : " Dans une culture marquée par le primat de l’avoir, l’obsession de la satisfaction immédiate, l’appât du gain, la recherche du profit, il est frappant de constater non seulement la permanence, mais le développement d’un intérêt pour le beau. Les formes que revêt cet intérêt paraissent traduire l’aspiration qui demeure, voire se renforce, à un " autre chose " qui enchante l’existence et, peut-être même, l’ouvre et la porte au-delà d’elle-même… Reconnaître l’importance de l’art pour inculturer l’Evangile, c’est reconnaître que le génie et la sensibilité de l’homme sont connaturels à la Vérité et à la Beauté du Mystère divin… L’œuvre artistique porte en elle-même comme une empreinte de l’invisible, même si, comme toute autre activité humaine, l’art n’a pas en lui-même sa fin absolue : il est ordonné à la personne humaine. " Les artistes chrétiens constituent pour l’Eglise une potentialité extraordinaire pour ciseler de nouvelles formules et élaborer de nouveaux symboles ou métaphores, dans le jaillissement du génie liturgique doté d’une puissante force créatrice, enracinée depuis des siècles dans les profondeurs de l’imaginaire catholique, avec sa capacité d’exprimer l’omniprésence de la grâce " (n° 17). Pour conclure, voici quelques maximes qui donnent à penser : " Penser toutes choses nouvelles à partir de la nouveauté de l’Evangile proposé de manière renouvelée et persuasive devient une exigence majeure… Renouveler de l’intérieur et transformer à la lumière de la Révélation les visions de l’homme et de la société qui modèlent les cultures, les conceptions de l’homme et de la femme, de la famille et de l’éducation, de l’école et de l’université, de la liberté et de la vérité, du travail et des loisirs, de l’économie et de la société, des sciences et des arts… La réussite de cette grande entreprise appelle l’exigence d’un continuel discernement, à la lumière de l’Esprit-Saint invoqué dans la prière " ( n° 25). Gérard Lafond |