Wisques, 27-28 février 1999

Nouveau Regard sur l’anthropologie :
L’interface esprit-matière

Séminaire animé par M. Pierre PERRIER,
Membre de l’Académie des Sciences.

Introduction
Séance
Exposé
Note sur la composition tripartite de l’homme
Note sur l’interface esprit-matière

 

Introduction

Dans le cadre du Projet Nouveau Regard, M. Pierre PERRIER, Ingénieur en aéronautique, Docteur ès-sciences et Membre de l’Académie des Sciences, est venu à Wisques pour animer un séminaire d’anthropologie auquel ont participé vingt membres de l’Unité de recherche ou auditeurs du PNR, ainsi que les moines de l’abbaye Saint-Paul et les moniales de l’abbaye Notre-Dame. Selon un schéma désormais bien rôdé, le séminaire s’est ouvert à l’abbaye Saint-Paul le samedi 27 à 11 h, aussitôt après la Messe conventuelle par une conférence suivie d’un débat. Le travail s’est poursuivi l’après-midi, après None, de 15 h à 17 30, et la journée s’est achevée par de fructueux échanges et des temps de prière : Vêpres à 18 h et Complies à 20 h 30. Dimanche à 11 h 30, nouvel exposé. L’après-midi, les participants se sont rendus à l’Abbaye Notre-Dame pour l’office de None à l’église, puis au grand parloir des moniales pour la séance de clôture – particulièrement brillante – de 14 h 45 à 16 h 30.

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Séance

En ouvrant la première séance, le Père Abbé a donné lecture des messages envoyés par les personnalités qui n’ont pu venir à ce séminaire : Son Eminence le Cardinal Godfried DANNEELS, Archevêque de Malines-Bruxelles, " forme les meilleurs vœux pour son succès ".

- S.A.R. la Princesse Françoise de BOURBON LOBKOWICZ, Diplomate, membre de notre Unité de Recherche, est retenue à Beyrouth.

- Notre Evêque, Mgr Jean-Paul JAEGER, Evêque d’Arras, Boulogne et Saint-Omer bénit la réunion : " Vous devinez que ce sujet retient toute mon attention. L’ancien professeur de philosophie que je suis est très attentif à ce type de réflexion et à ses conclusions. Je ne pourrai malheureusement pas être des vôtres pour la circonstance, mais je compte sur vous pour me faire connaître les conclusions de ce séminaire. Dans cette attente, j’appelle sur lui et sur ses participants la bénédiction du Seigneur ".

- Monsieur Olivier COSTA de BEAUREGARD, Théoricien de la Physique et de la philosophie des sciences, Docteur ès-Sciences et Docteur ès-Lettres, membre de notre U.R., ne peut venir pour raison de santé, " malgré le plaisir et l’intérêt d’une rencontre avec Monsieur PERRIER, et l’attrait d’un colloque où la Mécanique Quantique sera à l’ordre du jour, malgré aussi la grandeur des offices bénédictins… C’est donc par la prière et la pensée que je serai de cœur avec vous, et vous demande de le dire aux participants. Encore un grand Merci pour tout ce que m’a apporté le Projet Nouveau Regard. De tout cœur avec vous dans le Seigneur Jésus ".

- Madame Anne DAMBRICOURT MALASSE, Paléontologue, membre de notre U.R., est retenue à la montagne auprès de son fils souffrant : " Je vous remercie pour le fax m’informant du prochain séminaire. Le thème est en effet très important, et, traité par un membre de l’Académie des Sciences, c’est encore plus significatif… Je vous souhaite beaucoup de succès qui viendra avec l’Esprit-Saint ".

- Le Professeur Michel GODRON, Docteur Ingénieur des Eaux et Forêts, Docteur ès-Sciences, Licencié en philosophie, CNRS., membre de notre U.R., ne peut venir : " Je serais heureux que vous me gardiez un exemplaire des documents qui seront distribués ".

- Se sont excusés également d’autres membres de notre Unité de Recherche : le R.P. Ignace de La POTTERIE, SJ., Exégète (Institut Biblique de Rome) ; Mgr Louis FLORIN, Docteur en théologie, ancien Diplomate ; Gilbert SABATHE, Diplomate ; M. l’abbé Henri CAFFART, Exorciste du diocèse d’Arras…

A l’invitation du Père Abbé, M Pierre PERRIER s’est présenté lui-même : il insiste tout d’abord sur ses origines paysannes qui expliquent, selon lui, son goût pour les choses concrètes comme aussi son sens de l’analogie et du symbolisme : les choses visibles et tangibles qui tombent sous nos sens nous apprennent quelque chose des réalités spirituelles ; de même, la sensation corporelle nous apprend quelque chose de nos sens spirituels. Il nous en donnera plusieurs illustrations saisissantes au cours de ce séminaire.

Ingénieur, Directeur scientifique, spécialiste des turbulences, du contrôle des fluides et de l’électro-magnétisme, ses travaux lui ont valu d’être élu à l’Académie des Sciences ; il met son savoir au service de la création des avions Dassault de tous modèles jusqu’au dernier Rafale. Par ailleurs, il est passionné par la tradition judéo-chrétienne primitive, la langue, l’anthropologie et la théologie des Eglises araméennes du Moyen-Orient ainsi que par la transmission des traditions orales (l’oralité selon Marcel Jousse). Cette double compétence lui donne un regard original sur la création et sur le rapport entre la connaissance scientifique et la Révélation biblique, sans confusion des genres et sans tomber dans le fondamentalisme. Pierre PERRIER a publié aux Editions DésIris : " Karozoutha : De la Bonne Nouvelle en araméen et évangiles gréco-latins " (Première édition Médiaspaul 1986) – " Anthropologie biblique. Mshamshana : Histoire et anthroplogie, du lévite au diacre d’aujourd’hui " (1990) – " Science des cœurs de la nature : Lettres à un ami sur le retour à une science éclairée par la foi " (1998). C’est ce dernier ouvrage qui a été l’occasion de notre rencontre et de son adhésion au PNR comme Membre actif de l’Unité de Recherche

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Exposé

Pierre PERRIER a commencé samedi matin son premier exposé, dans la perspective de la tradition judéo-chrétienne, en entraînant son auditoire dans la contemplation du " Livre de la Création ", première révélation venant de Dieu le Père, Créateur du ciel et de la terre – le second Livre étant l’Ancien Testament donné aux prophètes par l’Esprit-Saint, et le troisième, le Nouveau, spécialement l’Evangile, où le Fils en personne, Verbe de Dieu, parle aux hommes. Cette vue des choses, typiquement biblique et patristique, fait à l’homme un devoir de scruter le grand Livre de la création au même titre que les deux autres Livres sacrés, en vue de la contemplation ; c’est cette orientation, par conséquent, qui a permis et permet le développement des sciences et des techniques, et leur assigne comme fin : la contemplation, la louange et l’action de grâces – et non l’ambition prométhéenne et la volonté de puissance…

Or, la science contemporaine la plus pointue a changé radicalement le regard de l’homme sur l’univers, introduisant une humilité de fait dans chacune des disciplines scientifiques : les grandes théories d’hier sont devenues plus modestement des modèles, tandis que les grandes hypothèses idéologiques se ramenaient à des paradigmes de travail. On reconnaît même qu’il n’est plus possible de prétendre poser des conclusions définitives sans les associer avec leurs paradigmes, toujours réducteurs de la réalité.

En particulier, on ne considère plus le monde à partir de ses grands phénomènes, mais au contraire à partir de ses plus petites dimensions, où le modèle quantique ouvre un champ presque illimité de possibles, au-delà de tout ce qu’on peut imaginer, au-delà de ce qu’on ne pourra jamais expérimenter. Ce modèle quantique, comme d’ailleurs toutes les lois de l’univers, se présente comme relatif à l’observateur, rendant la Science dépendante des décisions de l’observateur. Chaque décision réduit à un seul le champ des possibles, et donc introduit une information dans le monde physique à plus grande échelle, et jusqu’à notre échelle, par des processus d’amplification en cascades.

De plus, on sait maintenant qu’en agissant aux plus petites échelles sur des points bien choisis, on constate que des répercussions apparaissent, même à notre taille, parce qu’une grande partie des réglages de l’univers et de la Terre sont très proches de l’instabilité. C’est ainsi que Dieu peut agir sur les plus petites choses pour en provoquer de grandes, et ceci, sans violer les lois de la nature, à l’intérieur de lois qui demeurent parfaitement stables. Cette ouverture au spirituel rejoint l’intuition du dernier Docteur de l’Eglise : sainte Thérèse de l’Enfant Jésus et de la Sainte Face. C’est par la petite voie que l’on peut réaliser de grandes choses… C’est la fin de la parenthèse de trois siècles, où le monde était considéré comme une grande horloge, et Dieu comme l’horloger. Une fois construite et remontée, l’horloge fonctionne toute seule. L’horloger est prié de n’y point toucher !

Or, contrairement à cette conception, il se trouve que le contrôle d’un système complexe est possible, si l’on sait l’observer en un nombre suffisant de points caractéristiques, et si l’on sait agir sur des points d’instabilité du système. Plus un système est instable, mieux on peut le contrôler. On peut savoir si un système est contrôlé, à partir de la façon dont il converge vers un état donné ; si l’observation et la loi de contrôle sont optimales, cette convergence est exponentielle. C’est précisément ce qu’on observe dans le monde des vivants, en totale contradiction avec le fameux paradigme de progression au hasard, qui prendrait un temps exponentiellement croissant avec la complexité de ses produits. Autrement dit, dans l’évolution des vivants, plus c’est compliqué, plus ça va vite !

Le paradigme actuel d’émergence des systèmes vivants considérés comme des appariments de robots, de taille de plus en plus grande, sensés assembler les molécules, reporte sur l’environnement (comme sur un moule) la charge d’assurer cette convergence rapide. Une telle explication déplace vers l’environnement la difficulté exponentielle de cette convergence, et n’est donc pas recevable. Les recherches poursuivies actuellement aux Etats-Unis pour faire émerger la conscience sont vouées à l’échec. Il faut plutôt rechercher des indices d’activités spirituelles dans l’évolution. Ceux-ci permettent de dater le premier couple d’environ 100 000 ans avant Jésus-Christ, couple unique dont nous descendons tous, selon des confirmations génétiques récentes. Pour aller plus loin, il est nécessaire de mieux cerner l’aspect spirituel de l’homme à l’aide d’un langage analogique convenable, qui permet d’éviter l’approche conceptuelle, laquelle introduirait des paradigmes incompatibles avec la réalité spirituelle.

Arrivé à ce point de son exposé, Pierre PERRIER met sous les yeux de ses auditeurs une très ancienne lampe à huile – peut-être du IIe siècle – gravée de symboles chrétiens et découverte en Palestine, à Béthanie. Il la garnit d’huile parfumée, et allume la mèche, préalablement traitée avec du sel (cf. évangile : sel de la terre et lumière du monde). La méditation sur le creux et le plein de cette lampe, avec sa " gorge " et son " cœur ", permet de saisir analogiquement la complémentarité de l’espace occupé par le souffle d’air chaud parfumé et l’espace extérieur, avec son interface entre deux mondes (le monde intérieur et le monde extérieur) qui n’est autre que la " gorge " (araméen : Naphsha, latin Anima).

" L’âme, c’est l’interface entre le corps de la poterie à l’extérieur, et l’intérieur : le cœur de l’homme où est son esprit, où s’élaborent ses pensées les plus secrètes, avec son fond alimenté par la grâce ; la grâce, c’est l’huile, condensation du souffle du Potier, au moment où la poterie repose dans la main du Père. L’âme n’est pas le corps de la poterie, en argile bien dure, mais cette interface est cependant limitée par le corps ; l’âme n’est pas l’esprit, mais le lieu où l’esprit s’échange avec les esprits extérieurs, la limite de ce qui est personnel. Cassez la poterie, la vie mortelle s’en va, mais le Potier peut recueillir le souffle, l’esprit, et garder en mémoire la position de ses doigts, la cambrure de sa main, c’est-à-dire la forme même donnée à l’argile ; il peut refaire en cire la forme de ce corps, éventuellement la corriger, puis la fondre en un matériau plus noble, comme le bronze. Mais la forme reste la forme même de ses mains : le modèle était en ses mains, et c’est précisément ce creux dans la forme qu’il avait voulu donner à cette poterie particulière… " (Science des cœurs et de la nature, pp. 97-98).

Retour à la science contemporaine. En examinant les trois facultés spirituelles de l’homme (intelligence, volonté, mémoire), on peut identifier des lieux dans le cerveau où se fait la cohérence entre le travail du cerveau et l’intervention de l’esprit. Dans certains cas, l’esprit refuse le processus intellectuel du cerveau, ou le plan d’action proposé à la volonté, ou encore la simplification de la mémoire. Le recours à la théorie quantique permet d’expliquer comment l’esprit interagit avec le cerveau, sans production d’énergie. Cf. J.C. ECCLES, Evolution du cerveau et création de la conscience, Flammarion, " Champs ", 1992, particulièrement pp. 247-257 : structures d’interaction quantique esprit-matière, schéma interne-externe p. 310. Voir aussi Rémy CHAUVIN, la biologie de l’esprit, Ed. du Rocher 1985, pp. 69, 80-81, 157, 173.

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Note sur la composition tripartite de l’homme : selon la tradition biblique, on distingue dans l’homme le corps, l’âme et l’esprit (cf I Thes. 5, 23 : " Que le Dieu de la paix lui-même vous sanctifie totalement, et que votre être entier, l’esprit, l’âme et le corps, soit gardé sans reproche à l’Avènement de notre Seigneur Jésus-Christ "). Il ne s’agit pas de trois parties, mais de deux, l’âme étant l’interface entre le corps et l’esprit, le tout unifié en une seule personne.

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Note sur l’interface esprit-matière. " L’interface est la zone de contact entre deux êtres. Pour une interface esprit-matière, il s’agit de la zone d’échange déterminant l’état ultérieur d’une particule (apparition, disparition, quantification), à l’occasion de la considération de tout point de l’espace-temps ou de points particuliers attachés à la zone d’interaction quantique d’une particule déterminée. Cette interaction : soit détermine un possible par réduction du paquet d’onde, et peut donc digitaliser une information par une opération de mesure sur la matière à laquelle s’applique l’esprit ; soit extrait une proportion ou une harmonie, et en permet la comparaison entre psychisme inconscient et conscience. " (Science des cœurs… p. 130).

Saint Benoît

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