Paris, le 29 mai 1999

Seconde réunion
de l’Unité de recherche

La création dans la Lumière

Art et Nouveau Regard
Pas de science sans présupposé
A la recherche d’un Thème pour l’an 2000
Débat sur le thème de la lumière
De la Lumière à la Creation
Un monde a deux faces
Un monde ouvert a l’action de Dieu
Un monde immense habité par l’homme
Quel regard pour le IIIe Millénaire ?

Quelques membres de l’Unité de Recherche et des groupes de réflexion du Projet Nouveau Regard se sont réunis pour la seconde fois le samedi 29 mai, de 12 h à 17 h, au Séminaire Saint-Sulpice, 6 rue du Regard, dans le 6e arrondissement. Tous ont apprécié le calme du lieu et la qualité de l’accueil, ainsi que le petit clin d’œil du nom de la rue…

Etaient présents : S.A.R. la Princesse Françoise de BOURBON LOBKOWICZ, Mademoiselle Jeanne CARBONNIER, le Père Jean Michel CHEVALIER, Monsieur Olivier COSTA de BEAUREGARD, Monseigneur René COSTE, Madame Anne DAMBRICOURT, Messieurs Jean-Louis FOVET, Michel GIGON, Michel GODRON, Dom Gérard LAFOND, Mademoiselle Jacqueline LAFOND, Messieurs Philippe LEOST, Pierre PERRIER et Dominique TISSERAND – soit 14 personnes.

Absents excusés : M. le Cardinal Godfried DANNEELS (invité), Monseigneur A.-M. LEONARD, Dom Hugues MINGUET, le Père Jean BRIERE, M. l’Abbé René LAURENTIN, le Révérend Père Ignace de La POTTERIE, Mgr Charles MOLETTE, MM. Jean STAUNE, Edouard BELAGA, Jean-Loup DHERSE, Emmanuel de La TAILLE, M. Jacques RIGAUD (invité), les Pères Stan ROUGIER et H. CAFFART, le Docteur Benoît et Madame Geneviève BAYLE, les Docteurs F. BOITRELLE, J-M. BONIA et F. CROENEN, MM. Claude DUQUESNE et Hubert HOULIEZ, le Docteur J-C. MOLINIER et M. André TALMANT.

Après la Messe concélébrée à midi par le Père Abbé de Wisques et le Père CHEVALIER, suivie du repas en commun au cours duquel la Princesse de BOURBON LOBKOWICZ a parlé avec beaucoup de compétence et de cœur des chrétiens du Liban, la réunion s’est ouverte à 14 h. par la belle prière de Jo CROISSANT pour demander la purification du regard. Un tour de table a permis de présenter les personnalités qui n’avaient pu assister à la première réunion parisienne du 20 mars : S.A.R. la Princesse de Bourbon LOBKOWICZ, Diplomate, Epouse de l’Ambassadeur de l’Ordre Souverain de Malte au Liban S.A.S. le Prince Edouard de LOBKOWICZ ; le Père Jean Michel CHEVALIER, fondateur de la Fraternité Bénédictine Saint-Paul et du Foyer Magnificat ; et M. Michel GODRON, Docteur Ingénieur des Eaux et Forêts, Docteur ès-sciences, licencié en philosophie, CNRS. et Professeur d’Université.

Le Père Abbé a présenté le N° 1 des Cahiers du Nouveau Regard et annoncé que la série des Cahiers figurera prochainement sur le Réseau Internet, dans le site de l’abbaye en cours d’élaboration. De brefs comptes-rendus ont ensuite été donnés : du Séminaire de Pierre PERRIER, Membre de l’Académie des Sciences, à Wisques, les 27 et 28 février (voir dans ce numéro) ; des Sessions d’initiation au Nouveau Regard (29-31 janvier et 23-25 avril) ; de la Conférence internationale " Un siècle de Prix Nobel " organisée, dans la grande salle de l’UNESCO, par l’Université Interdisciplinaire de Paris (U.I.P.) du 8 au 10 avril, et dont l’objectif était, en cette fin de siècle – et de millénaire – de faire la synthèse des bouleversements que les sciences ont introduits dans notre vision de l’homme et du monde – ce fut une extraordinaire réussite – enfin, du Colloque de Créteil (26-27-28 mai) : " L’identité humaine en question. Nouvelles problématiques et nouvelles technologies en Paléontologie humaine et en Paléoanthropologie biologique ".

Anne DAMBRICOURT, qui intervenait dans ce colloque sur le statut du génome, le statut de l’embryon et les 70% de troubles de la croissance du visage dans la population infantile, nous a fait part de sa satisfaction : le message est passé. " Nous avons abordé pour la première fois la question de l'éthique posée par des paléontologues. J'avais demandé à la présidence (où se trouvaient des professeurs, dont son directeur) pour quelle raison il n'y avait pas de paléontologues dans les comités d'éthique, et c'est quelque chose en principe qui devrait se faire, on m'a d’ailleurs proposé d'entrer dans un comité international d'éthique ... Disons que, replacé face à la théorie du néo-darwinisme, il y a d'énormes conflits et beaucoup de réticences ... C'est une idéologie, mais on a très vite compris que derrière il y a des questions de marché : c'est le corps humain qui est devenu l’objet d’un marché.

" On retrouve donc les questions d'éthique, les questions d'ontologie, sans aller jusqu’à parler de théologie. Le colloque se voulait scientifique ; cela n’empêche pas le directeur d’être un protestant pratiquant, ni le Conseil Général du Val de Marne, qui a financé le colloque, d’être communiste…C'est vraiment la première fois que je vois une telle ouverture d'esprit avec une réelle volonté de passer outre aux pressions qui se sont fait sentir. Car il y a eu d'énormes pressions de différents médias, au sein même de la communauté scientifique, pour que ce colloque ne se fasse pas, ou, en tous cas, pour qu’il se fasse sans moi... Cela a duré pendant un an, et une semaine encore avant le colloque, il y a eu des pressions notamment de la part de la " Revue pour la Science "... On est en pleine guerre idéologique ! "

Haut de page

Art et Nouveau Regard

Une réflexion a suivi sur l’Art et le nouveau regard. Qu’apporte le regard de l’artiste à notre connaissance de la création ? Y a-t-il un message de la création que, seul, le regard de l’artiste peut décrypter – message de beauté et d’harmonie, mais aussi, en contrepoint, de violence et de ténèbres ? Le regard de l’artiste sur le monde exprime la nostalgie des origines et l’aspiration vers un achèvement et une perfection finale, en soulignant les contrastes du combat de la lumière contre les ténèbres. A la réunion du 20 mars, Michel GIGON, artiste peintre et peintre verrier, avait demandé comment l’artiste peut participer à notre recherche sur le nouveau regard autrement que pas son œuvre. Il semble qu’il puisse le faire, avec sobriété, par un témoignage, en cherchant à se formuler et à formuler pour les autres une part de ce qu’il ressent et de ce qu’il recherche dans l’acte même de la création artistique. Le reste est évidemment ineffable, et chaque personne qui contemple l’œuvre d’art avec son propre regard pourra découvrir des richesses, insoupçonnées même de l’artiste.

Monseigneur René COSTE avait insisté sur le lien entre gratuité et beauté. Le Père Abbé invite, dans le même sens, à méditer sur les universaux : le vrai, le bien, le beau, dans leur identité avec l’être. Il faut aussi chercher la beauté au-delà de l’esthétisme, dans sa source qui est la beauté spirituelle. Une icône peut paraître austère et ne pas correspondre aux canons esthétiques actuels : le regard contemplatif n’en découvre pas moins en elle la Beauté suprême. D’autre part, comme l’ombre fait ressortir la lumière, une certaine laideur peut aider à découvrir la beauté – par exemple dans les tableaux représentant la Passion du Christ, où les bourreaux sont représentés avec des visages horribles.

Olivier COSTA de BEAUREGARD fait observer que tout n’est pas beau dans la création : mais la laideur et le mal ne viennent pas du Créateur dont tout l’ouvrage est déclaré par la Genèse bon et même très bon. Ils proviennent d’ailleurs : de cette partie des créatures angéliques qui s’est révoltée contre Dieu en se posant en référence absolue à la place de Dieu. Cependant, dit Michel GIGON, " l’artiste a encore la nostalgie du beau, du vrai beau qui est en toute chose et existe totalement en Dieu ". Le Père Abbé souligne que, même en des êtres disgraciés par la nature il est possible de découvrir la beauté cachée : dans le regard et le sourire d’un enfant trisomique, par exemple. Anne DAMBRICOURT voit là un dévoilement du sens.

Haut de page

Pas de science sans présupposé

Avec son intervention, la réflexion va passer de l’art à la science dans son rapport avec la foi. Pour Anne DAMBRICOURT, le concept d’émergence ne permet pas d’expliquer le réel ; il y a manifestement un autre niveau de réalité auquel on accède par dévoilement. Si le monde physique a une signification, ce n’est pas la science qui peut la découvrir, il faut recourir à autre chose…Nous arrivons à un temps où il va falloir témoigner, car, de plus en plus on demande au scientifique s’il est croyant ou non. Un scientifique croyant est objet de suspicion, surtout s’il s’intéresse à l’évolution… Mais ne faudrait-il pas renverser la démarche, en disant plutôt qu’il y a lieu de se méfier de ceux qui sont convaincus que le sens n’existe pas. Car une telle position, dans le domaine de l’évolution, ouvre la porte à l’exploitation du génome, des embryons humains etc. Et puisqu’il n’existe pas de référence, n’importe quelle société peut définir ce que doit être l’équilibre humain, en ignorant l’entropie, en ignorant les règles fondamentales dont on ne veut pas entendre parler, puisqu’on prétend être le créateur ! De plus en plus, on va devoir s’exprimer avec la foi.

Pierre PERRIER veut s’attaquer à un sophisme grossier qui prétend que le vrai scientifique n’a pas de préjugé, et que, par conséquent, si vous avez un préjugé – en l’occurrence, la foi – vous n’êtes pas un vrai scientifique. Les gens ont cru qu’on pouvait se passer de présupposés, et ils brandissent une bannière : " Je travaille sans préjugé ! Mais vous, si vous êtes croyant, vous avez un préjugé ! " – Il faut immédiatement retourner le schéma en leur disant : " Quel est votre préjugé sous-jacent ? Nous avons tous un préjugé, quel est le vôtre ? Mesurons la profondeur de nos préjugés, examinons s’ils sont contradictoires ou simplement complémentaires ". Personnellement, je pense que le propre d’une approche scientifique qui essaierait de bien cerner ses propres préjugés, c’est de pouvoir accéder à la frontière entre le matériel et le spirituel, soit en venant du matériel sans exclure le saut dans l’autre préjugé, soit en venant du spirituel, sans exclure le saut dans l’autre préjugé, puisque les deux sont comme deux reflets complémentaires de notre vision du monde… Le problème n’est pas de se battre sur le préjugé d’athéisme – car l’athéisme est une profession de foi ! Il est impossible de prouver que Dieu n’existe pas – mais d’obliger les gens à l’afficher. Il faut absolument refuser ce schéma selon lequel nous serions, nous, les croyants, comme des gens tordus qui ont des présupposés, alors que les autres n’en auraient pas !

On revient à l’ordre du jour. Le Père Abbé présente le contenu du premier des Cahiers du Nouveau Regard, ainsi que les nombreux textes sur le regard qui sont et seront cités dans ses pages. Il donne des précisions sur le colloque Science et Foi co-organisé par le Projet Nouveau Regard et l’U.I.P. Il aura lieu, non les 30 juin et 1er juillet comme prévu, mais le 23 et le 24 novembre.

Haut de page

A la recherche d’un Thème pour l’an 2000

On en vient ensuite au point principal : le choix d’un thème pour les travaux interdisciplinaires de l’an 2000. Deux thèmes sont en compétition : celui de la lumière, celui de la création.

Le Père Abbé présente à grands traits ce que pourrait être une recherche " Nouveau Regard " sur la lumière. [En relisant ses notes pour le présent Cahier, il a été amené à développer quelque peu ce qu’il avait dit plus succinctement à la réunion…] D’abord au point de vue scientifique : qu’est-ce que la lumière pour la Physique ? Qu’est-ce que la lumière des étoiles en Astronomie ? Quel est le rôle de la lumière dans la biosphère ? Comment l’œil et le cerveau humain perçoivent-ils la lumière naturelle ? Et la lumière artificielle dans la civilisation technique moderne ? Psychologie : l’impact de la lumière sur le regard de l’homme et son environnement : lumière et ombre ; lumière et beauté. Philosophie thomiste : lumière de l’intellect. Théologie biblique : création de la lumière. Lumière et ténèbres dans la littérature sapientielle. Lumière eschatologique dans la littérature apocalyptique. Le Verbe Lumière. Jésus, Lumière du monde, dans les écrits johanniques. La Transfiguration dans les Synoptiques. Etc… Théologie mystique : visions de la lumière spirituelle. Les anges et la lumière. Vision de saint Benoît : le monde entier dans un rayon de soleil. Visions de la Lumière incréée chez les saints de l’Orthodoxie. Iconographie et Art chrétien : la lumière dans les icônes – l’architecture – la peinture – les vitraux… Dans l’Art et la Littérature du Moyen-âge à nos jours. Dans l’Histoire des religions : notamment l’influence de la Perse.

Le sens de la recherche d’un nouveau regard sur la lumière repose sur l’analogie : " lumière " est un concept analogique, car il s’applique à des réalités essentiellement différentes, mais possédant quelque chose en commun. Cela admis, il est posssible d’insister sur les différences, ou, au contraire, sur la ressemblance. Le regard moderne avait tendance à distinguer pour séparer ; le nouveau regard cherche à distinguer pour unir. Le regard contemplatif passe comme naturellement de la lumière créée à la Lumière incréée, la première étant signe ou symbole de la seconde : " Dans ta lumière nous voyons la lumière ", dit le psaume (35, 10). C’est parce que Dieu est Lumière qu’il peut y avoir de la lumière dans le monde. L’extraordinaire complexité de la lumière créée, son mystère que la science contemporaine la plus pointue nous dévoile, enrichit notre regard sur Dieu Lumière, peut-être aussi notre formulation théologique – par l’apport de concepts nouveaux appliqués par analogie – sûrement par l’émerveillement qui résulte de cette contemplation.

Mais une telle contemplation n’est pas purement spéculative : elle débouche dans le réel et le quotidien le plus concret. La contemplation de la lumière en toutes ses manifestations a pour effet d’illuminer notre regard, de nous faire regarder autrement les hommes et les choses, et par conséquent de nous comporter autrement à leur égard. En outre, ce regard " illuminé " (au sens propre du terme) est porteur de lumière pour les autres, et il s’inscrit dans le processus de transfiguration de la création inauguré par le Regard du Christ.

Haut de page

Débat sur le thème de la lumière

Le thème a l’assentiment de M. Olivier COSTA de BEAUREGARD. Mgr René COSTE admet qu’il est très beau, mais il estime qu’il est très difficile à traiter théologiquement. On peut certes réunir un certain nombre de textes, mais il paraît difficile de les synthétiser en un discours théologique un peu approfondi. Pierre PERRIER fait observer qu’il y a, à cet égard, une différence profonde entre théologie orientale et théologie occidentale. La première privilégie une approche analogique d’une grande puissance ; on la trouve, entre autres, dans l’œuvre d’un saint Ephrem dans un grand nombre de textes sur la lumière. La seconde est plus abstraite dans sa formulation, moins sensible aux symboles ; mais elle n’ignore pas le thème pour autant. Le P. J-M. CHEVALIER évoque l’Epître aux Hébreux où il est dit que tous ceux qui ont été touchés par l’illumination de la foi et ont péché ne peuvent plus être réconciliés. Le contact avec la Lumière, la rencontre du Christ Lumière fait de nous des êtres de lumière, sans possibilité de retour en arrière, à partir du moment où l’on a touché à la lumière la plus haute. On rejoint le regard : " Les yeux illuminés du cœur ".

Haut de page

De la Lumière à la Creation

Mgr COSTE dit sa préférence pour le thème de la création, qu’il ne croit pas trop vaste. Il pense que les théologiens occidentaux ont quelque peu négligé la théologie de la création au profit de la théologie de la Rédemption. Or les deux réflexions sont complémentaires et incontournables. L’un des grands bénéfices qu’apporte la sensibilité écologique est de nous amener à creuser non seulement la théologie, mais l’éthique et la spiritualité de la création. Cela n’exclut pas, mais pourrait inclure une recherche sur la lumière. Les deux récits de la création dans la Genèse établissent que l’homme a été créé à l’image et à la ressemblance de Dieu, et qu’il a reçu pour mission la gérance de la création. C’est une invitation à porter sur la création un regard de chrétien en Jésus-Christ. Pour tout homme, ce nouveau regard est enthousiasmant.

Pierre PERRIER résume ce qu’il a développé dans son séminaire. La création constitue le premier Livre de la Révélation, Parole du Père, le second étant l’ancien Testament où l’Esprit a parlé par les prophètes, et le troisième, le Nouveau Testament où le Verbe en personne apparaît et se fait entendre. Le monde de la Bible est un monde de contemplation nouvelle et de symbologie vis-à-vis du monde extérieur. Les jeunes sont sensibles à cet aspect, à ce retour à des choses vraies, concrètes, alors que nous nous sommes échappés dans le monde des idées. Ces jeunes générations sentent très bien qu’on a dérivé dans l’abstraction. Ils sont avides de revenir à quelque chose de chaud, d’humain, de vrai. Il nous faut construire quelque chose qui est finalement un nouveau regard, pas seulement une purification de notre regard sur ce siècle.

Le Père Abbé rappelle que la religion, l’économie religieuse de l’Ancien Testament – qui a pris fin avec la destruction du Temple et a trouvé son accomplissement dans le Nouveau – était ouverte aux cultures de l’Orient Ancien et déjà tournée vers l’universalisme et la prise en compte de la création. Le regard d’Abraham, c’est déjà le nouveau regard ! Et le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, est à la fois le Dieu personnel, le Dieu des Pères, le Dieu d’Israël et le Créateur du ciel et de la terre. Mais quand on parle de création, qu’est-ce qu’on veut dire ? Si on est théologien, on pense à l’acte créateur de Dieu ou à l’univers créé par sa Parole ; pour les gens qui ont encore un vocabulaire chrétien, c’est le monde tel qu’il existe, autour de nous. Comment l’homme doit-il se comporter dans le monde ? En maître absolu, s’il n’y a pas de Dieu ? En gérant de la création, s’il y a un Dieu créateur maître de son œuvre ?

Mgr COSTE répond : " La gérance de la création, c’est le commandement du Créateur aux premiers êtres humains ! J’en parlerai au cours du séminaire des 20-21 novembre ". Olivier COSTA de BEAUREGARD : " J’ai un problème avec ce que vous venez de dire ! Gérer la planète Terre, oui ; mais la création, c’est quelque chose de bien plus énorme ! L’homme peut-il gérer les galaxies ? " – Ce vocabulaire, répond Mgr COSTE, est d’origine œcuménique, il vient de la VIe Assemblée œcuménique de Vancouver, en 1983, qui a proposé l’engagement pour la justice, la paix et " Integrity of the creation " ; mais les Allemands, les Français, les Espagnols ont préféré l’expression " sauvegarde de la création ", pour rappeler aux hommes, aux chrétiens que notre planète Terre fait partie de la création, pour nous rappeler constamment la foi en Dieu Créateur. C’est la raison pédagogique. D’autre part, dans la perspective du Père Teilhard de Chardin, l’expression prend un sens plus profond, si l’on admet que l’humanité se situe à l’extrême pointe de la création…

Haut de page

Un monde a deux faces

Olivier COSTA de BEAUREGARD : " J’ai beaucoup réfléchi depuis quelque temps sur les problèmes d’interprétation des probabilités et de l’information, classique et quantique, et cela m’amène à être de plus en plus convaincu que la face matérielle du monde n’est pas la plus importante : il y a une doublure subjective… Je pense que la face la plus importante du cosmos, c'est l'autre, qui est de nature psychique au sens large. C’est l’aspect spirituel de la création… J’ai la faiblesse de croire également, en ce qui concerne l’évolution – mais ce n’est pas mon métier (il se tourne vers Anne DAMBRICOURT), que le " moteur " de l’évolution est de nature psychologique. Paul VIGNON, qui fut professeur à l’Institut catholique, dans son ouvrage génial intitulé Introduction à la biologie expérimentale, développe la même thèse : le moteur de l’évolution, de la phylogenèse et donc de la genèse, est de nature psychique au sens large ".

Haut de page

Un monde ouvert a l’action de Dieu

Pierre PERRIER prend l’exemple de la Biologie : " Derrière la notion d’algorithme génétique, processus de l’information génétique, il y a des règles d’algorithmie qui donnent en particulier des théorèmes de convergences. Pour ma part, j’ai suffisamment fait tourner, dans mon département, des algorithme génétiques pour pouvoir découvrir les erreurs communes en fait de biologie. Si l’on savait mieux comment cela fonctionne, on ne lui prêterait pas des propriétés miraculeuses qu’elle n’a jamais eu ; en revanche, on découvrirait des propriétés particulières tout-à-fait intéressantes, à savoir les deux grands algorithmes du vivant, l’algorithme séquentiel, et l’algorithme parallèle des réseaux de neurones : ils constituent le mécanisme du traitement de l’information dans le vivant, et tous les deux ont pour caractéristique d’être tolérants et ouverts à des informations extérieures ; et, en cela, ils ne correspondent pas du tout au schéma darwinien, lequel n’est pas un schéma ouvert sur l’extérieur. Je pense profondément qu’il y a là une ouverture pour l’action de Dieu dans le monde : le monde est fait pour être réceptif. Tant que la science n’aura pas admis ce schéma, elle continuera à se donner des lois dont le coté déterministe n’existe pas dans la nature. Cet aspect est simplement le reflet de l’idée que l’on se fait de la nature et d’une modélisation mathématique qui est une simplification de la réalité, qui n’est pas vraie ".

Pierre PERRIER précise sa pensée sur la modélisation qui est un moyen de vérifier par ordinateur si les hypothèses sont correctes. La modélisation est un outil de contrôle de rationalité, un très bon outil scientifique qui fait le partage entre ce qui est du domaine du rationnel et ce qui du domaine de l’ontologique, de l’être et de la personne. Cela permet d’éviter de formuler des pseudo-lois : quand on essaie de les vérifier par ordinateur, cela ne marche pas. Pierre PERRIER prend comme exemple un grand projet scientiste financé par le monde communiste peu avant son effondrement : il s’agissait de créer une espèce de modélisation de la société selon les principes du marxisme, et de démontrer ainsi la vérité scientifique du marxisme. Cela n’a pas fonctionné, et personne n’en a parlé, surtout pas en Occident. Or c’était une magnifique démonstration a contrario de la fausseté de l’idéologie communiste !

Haut de page

Un monde immense habité par l’homme

Olivier COSTA de BEAUREGARD soulève alors le problème, ou plutôt l’hypothèse de la pluralité des mondes habités : " Il me paraît inconcevable que nous soyons dans l’univers les seuls de notre niveau… J’ai lu dans l’Ecriture que le Seigneur Jésus a été amené à s’occuper d’autres brebis qui ne sont pas de cette bergerie… " – Mgr COSTE l’admettrait volontiers au plan philosophique ; mais, théologiquement, l’Incarnation du Fils de Dieu sur la planète Terre l’incline à penser que d’autres humanités sont peu concevables.

Le Père Abbé invoque l’unité de l’univers issu du big bang – " un univers connecté ", dit Trinh Xuan Thuan – pour avancer que si le Verbe de Dieu s’incarne sur une planète, c’est un peu comme s’il s’incarnait sur toutes les planètes : il assume l’ensemble de la création et récapitule – ou range sous un seul chef – toutes les créatures, célestes et terrestres. Son salut atteint les hypothétiques " animaux raisonnables " qui pourraient exister. S’il est vrai qu’en agissant sur un point minuscule, mais bien choisi, de l’univers, on provoque des répercussions exponentielles – c’est la Mécanique quantique qui le dit et le prouve – on peut dire, en raisonnant par analogie, que l’état spirituel de l’humanité sur le petite planète Terre a des répercussions sur l’ensemble de l’univers dans sa montée vers l’état de gloire, sa fin ultime. La mort et la Résurrection du Christ atteint mystérieusement les extrémités du monde, et la Parousie les atteindra visiblement, s’il y a, quelque part dans les lointaines galaxies, des yeux pour la voir. De toutes manières, il y a le monde angélique qui gère l’univers dans toutes ses parties. Par leur ministère, la Bonne Nouvelle parvient aussi aux extrémités du monde, s’il y a des oreilles pour l’entendre...

Sur le nombre de planètes habitables (ce qui ne veut pas dire habitées), les avis des scientifiques sont partagés. Pour les uns (dont Monod), la Terre est unique, étant donné le nombre exorbitant de conditions à remplir pour que la vie évoluée soit possible ; pour d’autres, une centaine offriraient des caractéristiques proches de la Terre ; pour d’autres enfin, il y en aurait des milliards ! Tout dépend de la manière dont on applique le calcul des probabilités…

Haut de page

Quel regard pour le IIIe Millénaire ?

Anne DAMBRICOURT évoque le programme américain pour l’écoute des messages que pourraient émettre des intelligences extra-terrestres, avec un budget de $45 millions. Est-ce pure curiosité ? Y a-t-il une arrière-pensée idéologique qui voudrait relativiser, voire anéantir la Révélation biblique et lui opposer une autre révélation ? Chose curieuse, si l’on suit le schéma darwinien selon lequel l’émergence d’un être conscient ne peut être que le fruit du hasard, dénué de toute signification, alors il en va de même dans n’importe quelle partie de l’univers. La recherche d’êtres conscients ailleurs est donc sans objet, car elle n’a aucun sens et ne prouve rien. 45 millions de dollars pour rien… Et pourtant, souligne Pierre PERRIER, ces recherches bénéficient d’une énorme financement. Trois programmes sont en cours : celui dont il vient d’être question, le Programme Mars (découvrir la vie sur la planète Mars) et le Programme d’émergence d’une pensée artificielle par un couple d’ordinateurs. Il y a toujours un lobby pour financer ces programmes, lequel lobby est désespéré de voir que rien n’en sort, change périodiquement les chefs de projets, lesquels, pour se maintenir en place, proclament périodiquement qu’on est sur le point d’aboutir. Tout récemment, on a exhibé un aérolithe portant des traces de matière organique, prétendument venu de Mars. L’argument était dépourvu de toute valeur scientifique, mais il s’agissait de justifier les dépenses du contrat de recherche de la vie sur Mars pour pouvoir recevoir de nouveaux subsides…

Le monde est en quête d’un nouveau regard pour le troisième millénaire. Ce n’est pas la vieille idéologie scientiste qui le lui fera découvrir. L’Unité de recherche se réunira à nouveau le 25 septembre.

Haut de page