Paris, le 29 mai 1999
Seconde réunion
de lUnité de recherche
La création dans la Lumière
Art et Nouveau Regard Quelques membres de lUnité de Recherche et des groupes de réflexion du Projet Nouveau Regard se sont réunis pour la seconde fois le samedi 29 mai, de 12 h à 17 h, au Séminaire Saint-Sulpice, 6 rue du Regard, dans le 6e arrondissement. Tous ont apprécié le calme du lieu et la qualité de laccueil, ainsi que le petit clin dil du nom de la rue Etaient présents : S.A.R. la Princesse Françoise de BOURBON LOBKOWICZ, Mademoiselle Jeanne CARBONNIER, le Père Jean Michel CHEVALIER, Monsieur Olivier COSTA de BEAUREGARD, Monseigneur René COSTE, Madame Anne DAMBRICOURT, Messieurs Jean-Louis FOVET, Michel GIGON, Michel GODRON, Dom Gérard LAFOND, Mademoiselle Jacqueline LAFOND, Messieurs Philippe LEOST, Pierre PERRIER et Dominique TISSERAND soit 14 personnes. Absents excusés : M. le Cardinal Godfried DANNEELS (invité), Monseigneur A.-M. LEONARD, Dom Hugues MINGUET, le Père Jean BRIERE, M. lAbbé René LAURENTIN, le Révérend Père Ignace de La POTTERIE, Mgr Charles MOLETTE, MM. Jean STAUNE, Edouard BELAGA, Jean-Loup DHERSE, Emmanuel de La TAILLE, M. Jacques RIGAUD (invité), les Pères Stan ROUGIER et H. CAFFART, le Docteur Benoît et Madame Geneviève BAYLE, les Docteurs F. BOITRELLE, J-M. BONIA et F. CROENEN, MM. Claude DUQUESNE et Hubert HOULIEZ, le Docteur J-C. MOLINIER et M. André TALMANT. Après la Messe concélébrée à midi par le Père Abbé de Wisques et le Père CHEVALIER, suivie du repas en commun au cours duquel la Princesse de BOURBON LOBKOWICZ a parlé avec beaucoup de compétence et de cur des chrétiens du Liban, la réunion sest ouverte à 14 h. par la belle prière de Jo CROISSANT pour demander la purification du regard. Un tour de table a permis de présenter les personnalités qui navaient pu assister à la première réunion parisienne du 20 mars : S.A.R. la Princesse de Bourbon LOBKOWICZ, Diplomate, Epouse de lAmbassadeur de lOrdre Souverain de Malte au Liban S.A.S. le Prince Edouard de LOBKOWICZ ; le Père Jean Michel CHEVALIER, fondateur de la Fraternité Bénédictine Saint-Paul et du Foyer Magnificat ; et M. Michel GODRON, Docteur Ingénieur des Eaux et Forêts, Docteur ès-sciences, licencié en philosophie, CNRS. et Professeur dUniversité. Le Père Abbé a présenté le N° 1 des Cahiers du Nouveau Regard et annoncé que la série des Cahiers figurera prochainement sur le Réseau Internet, dans le site de labbaye en cours délaboration. De brefs comptes-rendus ont ensuite été donnés : du Séminaire de Pierre PERRIER, Membre de lAcadémie des Sciences, à Wisques, les 27 et 28 février (voir dans ce numéro) ; des Sessions dinitiation au Nouveau Regard (29-31 janvier et 23-25 avril) ; de la Conférence internationale " Un siècle de Prix Nobel " organisée, dans la grande salle de lUNESCO, par lUniversité Interdisciplinaire de Paris (U.I.P.) du 8 au 10 avril, et dont lobjectif était, en cette fin de siècle et de millénaire de faire la synthèse des bouleversements que les sciences ont introduits dans notre vision de lhomme et du monde ce fut une extraordinaire réussite enfin, du Colloque de Créteil (26-27-28 mai) : " Lidentité humaine en question. Nouvelles problématiques et nouvelles technologies en Paléontologie humaine et en Paléoanthropologie biologique ". Anne DAMBRICOURT, qui intervenait dans ce colloque sur le statut du génome, le statut de lembryon et les 70% de troubles de la croissance du visage dans la population infantile, nous a fait part de sa satisfaction : le message est passé. " Nous avons abordé pour la première fois la question de l'éthique posée par des paléontologues. J'avais demandé à la présidence (où se trouvaient des professeurs, dont son directeur) pour quelle raison il n'y avait pas de paléontologues dans les comités d'éthique, et c'est quelque chose en principe qui devrait se faire, on m'a dailleurs proposé d'entrer dans un comité international d'éthique ... Disons que, replacé face à la théorie du néo-darwinisme, il y a d'énormes conflits et beaucoup de réticences ... C'est une idéologie, mais on a très vite compris que derrière il y a des questions de marché : c'est le corps humain qui est devenu lobjet dun marché. " On retrouve donc les questions d'éthique, les questions d'ontologie, sans aller jusquà parler de théologie. Le colloque se voulait scientifique ; cela nempêche pas le directeur dêtre un protestant pratiquant, ni le Conseil Général du Val de Marne, qui a financé le colloque, dêtre communiste C'est vraiment la première fois que je vois une telle ouverture d'esprit avec une réelle volonté de passer outre aux pressions qui se sont fait sentir. Car il y a eu d'énormes pressions de différents médias, au sein même de la communauté scientifique, pour que ce colloque ne se fasse pas, ou, en tous cas, pour quil se fasse sans moi... Cela a duré pendant un an, et une semaine encore avant le colloque, il y a eu des pressions notamment de la part de la " Revue pour la Science "... On est en pleine guerre idéologique ! " Une réflexion a suivi sur lArt et le nouveau regard. Quapporte le regard de lartiste à notre connaissance de la création ? Y a-t-il un message de la création que, seul, le regard de lartiste peut décrypter message de beauté et dharmonie, mais aussi, en contrepoint, de violence et de ténèbres ? Le regard de lartiste sur le monde exprime la nostalgie des origines et laspiration vers un achèvement et une perfection finale, en soulignant les contrastes du combat de la lumière contre les ténèbres. A la réunion du 20 mars, Michel GIGON, artiste peintre et peintre verrier, avait demandé comment lartiste peut participer à notre recherche sur le nouveau regard autrement que pas son uvre. Il semble quil puisse le faire, avec sobriété, par un témoignage, en cherchant à se formuler et à formuler pour les autres une part de ce quil ressent et de ce quil recherche dans lacte même de la création artistique. Le reste est évidemment ineffable, et chaque personne qui contemple luvre dart avec son propre regard pourra découvrir des richesses, insoupçonnées même de lartiste. Monseigneur René COSTE avait insisté sur le lien entre gratuité et beauté. Le Père Abbé invite, dans le même sens, à méditer sur les universaux : le vrai, le bien, le beau, dans leur identité avec lêtre. Il faut aussi chercher la beauté au-delà de lesthétisme, dans sa source qui est la beauté spirituelle. Une icône peut paraître austère et ne pas correspondre aux canons esthétiques actuels : le regard contemplatif nen découvre pas moins en elle la Beauté suprême. Dautre part, comme lombre fait ressortir la lumière, une certaine laideur peut aider à découvrir la beauté par exemple dans les tableaux représentant la Passion du Christ, où les bourreaux sont représentés avec des visages horribles. Olivier COSTA de BEAUREGARD fait observer que tout nest pas beau dans la création : mais la laideur et le mal ne viennent pas du Créateur dont tout louvrage est déclaré par la Genèse bon et même très bon. Ils proviennent dailleurs : de cette partie des créatures angéliques qui sest révoltée contre Dieu en se posant en référence absolue à la place de Dieu. Cependant, dit Michel GIGON, " lartiste a encore la nostalgie du beau, du vrai beau qui est en toute chose et existe totalement en Dieu ". Le Père Abbé souligne que, même en des êtres disgraciés par la nature il est possible de découvrir la beauté cachée : dans le regard et le sourire dun enfant trisomique, par exemple. Anne DAMBRICOURT voit là un dévoilement du sens. Pas de science sans présupposé Avec son intervention, la réflexion va passer de lart à la science dans son rapport avec la foi. Pour Anne DAMBRICOURT, le concept démergence ne permet pas dexpliquer le réel ; il y a manifestement un autre niveau de réalité auquel on accède par dévoilement. Si le monde physique a une signification, ce nest pas la science qui peut la découvrir, il faut recourir à autre chose Nous arrivons à un temps où il va falloir témoigner, car, de plus en plus on demande au scientifique sil est croyant ou non. Un scientifique croyant est objet de suspicion, surtout sil sintéresse à lévolution Mais ne faudrait-il pas renverser la démarche, en disant plutôt quil y a lieu de se méfier de ceux qui sont convaincus que le sens nexiste pas. Car une telle position, dans le domaine de lévolution, ouvre la porte à lexploitation du génome, des embryons humains etc. Et puisquil nexiste pas de référence, nimporte quelle société peut définir ce que doit être léquilibre humain, en ignorant lentropie, en ignorant les règles fondamentales dont on ne veut pas entendre parler, puisquon prétend être le créateur ! De plus en plus, on va devoir sexprimer avec la foi. Pierre PERRIER veut sattaquer à un sophisme grossier qui prétend que le vrai scientifique na pas de préjugé, et que, par conséquent, si vous avez un préjugé en loccurrence, la foi vous nêtes pas un vrai scientifique. Les gens ont cru quon pouvait se passer de présupposés, et ils brandissent une bannière : " Je travaille sans préjugé ! Mais vous, si vous êtes croyant, vous avez un préjugé ! " Il faut immédiatement retourner le schéma en leur disant : " Quel est votre préjugé sous-jacent ? Nous avons tous un préjugé, quel est le vôtre ? Mesurons la profondeur de nos préjugés, examinons sils sont contradictoires ou simplement complémentaires ". Personnellement, je pense que le propre dune approche scientifique qui essaierait de bien cerner ses propres préjugés, cest de pouvoir accéder à la frontière entre le matériel et le spirituel, soit en venant du matériel sans exclure le saut dans lautre préjugé, soit en venant du spirituel, sans exclure le saut dans lautre préjugé, puisque les deux sont comme deux reflets complémentaires de notre vision du monde Le problème nest pas de se battre sur le préjugé dathéisme car lathéisme est une profession de foi ! Il est impossible de prouver que Dieu nexiste pas mais dobliger les gens à lafficher. Il faut absolument refuser ce schéma selon lequel nous serions, nous, les croyants, comme des gens tordus qui ont des présupposés, alors que les autres nen auraient pas ! On revient à lordre du jour. Le Père Abbé présente le contenu du premier des Cahiers du Nouveau Regard, ainsi que les nombreux textes sur le regard qui sont et seront cités dans ses pages. Il donne des précisions sur le colloque Science et Foi co-organisé par le Projet Nouveau Regard et lU.I.P. Il aura lieu, non les 30 juin et 1er juillet comme prévu, mais le 23 et le 24 novembre. A la recherche dun Thème pour lan 2000 On en vient ensuite au point principal : le choix dun thème pour les travaux interdisciplinaires de lan 2000. Deux thèmes sont en compétition : celui de la lumière, celui de la création. Le Père Abbé présente à grands traits ce que pourrait être une recherche " Nouveau Regard " sur la lumière. [En relisant ses notes pour le présent Cahier, il a été amené à développer quelque peu ce quil avait dit plus succinctement à la réunion ] Dabord au point de vue scientifique : quest-ce que la lumière pour la Physique ? Quest-ce que la lumière des étoiles en Astronomie ? Quel est le rôle de la lumière dans la biosphère ? Comment lil et le cerveau humain perçoivent-ils la lumière naturelle ? Et la lumière artificielle dans la civilisation technique moderne ? Psychologie : limpact de la lumière sur le regard de lhomme et son environnement : lumière et ombre ; lumière et beauté. Philosophie thomiste : lumière de lintellect. Théologie biblique : création de la lumière. Lumière et ténèbres dans la littérature sapientielle. Lumière eschatologique dans la littérature apocalyptique. Le Verbe Lumière. Jésus, Lumière du monde, dans les écrits johanniques. La Transfiguration dans les Synoptiques. Etc Théologie mystique : visions de la lumière spirituelle. Les anges et la lumière. Vision de saint Benoît : le monde entier dans un rayon de soleil. Visions de la Lumière incréée chez les saints de lOrthodoxie. Iconographie et Art chrétien : la lumière dans les icônes larchitecture la peinture les vitraux Dans lArt et la Littérature du Moyen-âge à nos jours. Dans lHistoire des religions : notamment linfluence de la Perse. Le sens de la recherche dun nouveau regard sur la lumière repose sur lanalogie : " lumière " est un concept analogique, car il sapplique à des réalités essentiellement différentes, mais possédant quelque chose en commun. Cela admis, il est posssible dinsister sur les différences, ou, au contraire, sur la ressemblance. Le regard moderne avait tendance à distinguer pour séparer ; le nouveau regard cherche à distinguer pour unir. Le regard contemplatif passe comme naturellement de la lumière créée à la Lumière incréée, la première étant signe ou symbole de la seconde : " Dans ta lumière nous voyons la lumière ", dit le psaume (35, 10). Cest parce que Dieu est Lumière quil peut y avoir de la lumière dans le monde. Lextraordinaire complexité de la lumière créée, son mystère que la science contemporaine la plus pointue nous dévoile, enrichit notre regard sur Dieu Lumière, peut-être aussi notre formulation théologique par lapport de concepts nouveaux appliqués par analogie sûrement par lémerveillement qui résulte de cette contemplation. Mais une telle contemplation nest pas purement spéculative : elle débouche dans le réel et le quotidien le plus concret. La contemplation de la lumière en toutes ses manifestations a pour effet dilluminer notre regard, de nous faire regarder autrement les hommes et les choses, et par conséquent de nous comporter autrement à leur égard. En outre, ce regard " illuminé " (au sens propre du terme) est porteur de lumière pour les autres, et il sinscrit dans le processus de transfiguration de la création inauguré par le Regard du Christ. Débat sur le thème de la lumière Le thème a lassentiment de M. Olivier COSTA de BEAUREGARD. Mgr René COSTE admet quil est très beau, mais il estime quil est très difficile à traiter théologiquement. On peut certes réunir un certain nombre de textes, mais il paraît difficile de les synthétiser en un discours théologique un peu approfondi. Pierre PERRIER fait observer quil y a, à cet égard, une différence profonde entre théologie orientale et théologie occidentale. La première privilégie une approche analogique dune grande puissance ; on la trouve, entre autres, dans luvre dun saint Ephrem dans un grand nombre de textes sur la lumière. La seconde est plus abstraite dans sa formulation, moins sensible aux symboles ; mais elle nignore pas le thème pour autant. Le P. J-M. CHEVALIER évoque lEpître aux Hébreux où il est dit que tous ceux qui ont été touchés par lillumination de la foi et ont péché ne peuvent plus être réconciliés. Le contact avec la Lumière, la rencontre du Christ Lumière fait de nous des êtres de lumière, sans possibilité de retour en arrière, à partir du moment où lon a touché à la lumière la plus haute. On rejoint le regard : " Les yeux illuminés du cur ". Mgr COSTE dit sa préférence pour le thème de la création, quil ne croit pas trop vaste. Il pense que les théologiens occidentaux ont quelque peu négligé la théologie de la création au profit de la théologie de la Rédemption. Or les deux réflexions sont complémentaires et incontournables. Lun des grands bénéfices quapporte la sensibilité écologique est de nous amener à creuser non seulement la théologie, mais léthique et la spiritualité de la création. Cela nexclut pas, mais pourrait inclure une recherche sur la lumière. Les deux récits de la création dans la Genèse établissent que lhomme a été créé à limage et à la ressemblance de Dieu, et quil a reçu pour mission la gérance de la création. Cest une invitation à porter sur la création un regard de chrétien en Jésus-Christ. Pour tout homme, ce nouveau regard est enthousiasmant. Pierre PERRIER résume ce quil a développé dans son séminaire. La création constitue le premier Livre de la Révélation, Parole du Père, le second étant lancien Testament où lEsprit a parlé par les prophètes, et le troisième, le Nouveau Testament où le Verbe en personne apparaît et se fait entendre. Le monde de la Bible est un monde de contemplation nouvelle et de symbologie vis-à-vis du monde extérieur. Les jeunes sont sensibles à cet aspect, à ce retour à des choses vraies, concrètes, alors que nous nous sommes échappés dans le monde des idées. Ces jeunes générations sentent très bien quon a dérivé dans labstraction. Ils sont avides de revenir à quelque chose de chaud, dhumain, de vrai. Il nous faut construire quelque chose qui est finalement un nouveau regard, pas seulement une purification de notre regard sur ce siècle. Le Père Abbé rappelle que la religion, léconomie religieuse de lAncien Testament qui a pris fin avec la destruction du Temple et a trouvé son accomplissement dans le Nouveau était ouverte aux cultures de lOrient Ancien et déjà tournée vers luniversalisme et la prise en compte de la création. Le regard dAbraham, cest déjà le nouveau regard ! Et le Dieu dAbraham, dIsaac et de Jacob, est à la fois le Dieu personnel, le Dieu des Pères, le Dieu dIsraël et le Créateur du ciel et de la terre. Mais quand on parle de création, quest-ce quon veut dire ? Si on est théologien, on pense à lacte créateur de Dieu ou à lunivers créé par sa Parole ; pour les gens qui ont encore un vocabulaire chrétien, cest le monde tel quil existe, autour de nous. Comment lhomme doit-il se comporter dans le monde ? En maître absolu, sil ny a pas de Dieu ? En gérant de la création, sil y a un Dieu créateur maître de son uvre ? Mgr COSTE répond : " La gérance de la création, cest le commandement du Créateur aux premiers êtres humains ! Jen parlerai au cours du séminaire des 20-21 novembre ". Olivier COSTA de BEAUREGARD : " Jai un problème avec ce que vous venez de dire ! Gérer la planète Terre, oui ; mais la création, cest quelque chose de bien plus énorme ! Lhomme peut-il gérer les galaxies ? " Ce vocabulaire, répond Mgr COSTE, est dorigine cuménique, il vient de la VIe Assemblée cuménique de Vancouver, en 1983, qui a proposé lengagement pour la justice, la paix et " Integrity of the creation " ; mais les Allemands, les Français, les Espagnols ont préféré lexpression " sauvegarde de la création ", pour rappeler aux hommes, aux chrétiens que notre planète Terre fait partie de la création, pour nous rappeler constamment la foi en Dieu Créateur. Cest la raison pédagogique. Dautre part, dans la perspective du Père Teilhard de Chardin, lexpression prend un sens plus profond, si lon admet que lhumanité se situe à lextrême pointe de la création Olivier COSTA de BEAUREGARD : " Jai beaucoup réfléchi depuis quelque temps sur les problèmes dinterprétation des probabilités et de linformation, classique et quantique, et cela mamène à être de plus en plus convaincu que la face matérielle du monde nest pas la plus importante : il y a une doublure subjective Je pense que la face la plus importante du cosmos, c'est l'autre, qui est de nature psychique au sens large. Cest laspect spirituel de la création Jai la faiblesse de croire également, en ce qui concerne lévolution mais ce nest pas mon métier (il se tourne vers Anne DAMBRICOURT), que le " moteur " de lévolution est de nature psychologique. Paul VIGNON, qui fut professeur à lInstitut catholique, dans son ouvrage génial intitulé Introduction à la biologie expérimentale, développe la même thèse : le moteur de lévolution, de la phylogenèse et donc de la genèse, est de nature psychique au sens large ". Un monde ouvert a laction de Dieu Pierre PERRIER prend lexemple de la Biologie : " Derrière la notion dalgorithme génétique, processus de linformation génétique, il y a des règles dalgorithmie qui donnent en particulier des théorèmes de convergences. Pour ma part, jai suffisamment fait tourner, dans mon département, des algorithme génétiques pour pouvoir découvrir les erreurs communes en fait de biologie. Si lon savait mieux comment cela fonctionne, on ne lui prêterait pas des propriétés miraculeuses quelle na jamais eu ; en revanche, on découvrirait des propriétés particulières tout-à-fait intéressantes, à savoir les deux grands algorithmes du vivant, lalgorithme séquentiel, et lalgorithme parallèle des réseaux de neurones : ils constituent le mécanisme du traitement de linformation dans le vivant, et tous les deux ont pour caractéristique dêtre tolérants et ouverts à des informations extérieures ; et, en cela, ils ne correspondent pas du tout au schéma darwinien, lequel nest pas un schéma ouvert sur lextérieur. Je pense profondément quil y a là une ouverture pour laction de Dieu dans le monde : le monde est fait pour être réceptif. Tant que la science naura pas admis ce schéma, elle continuera à se donner des lois dont le coté déterministe nexiste pas dans la nature. Cet aspect est simplement le reflet de lidée que lon se fait de la nature et dune modélisation mathématique qui est une simplification de la réalité, qui nest pas vraie ". Pierre PERRIER précise sa pensée sur la modélisation qui est un moyen de vérifier par ordinateur si les hypothèses sont correctes. La modélisation est un outil de contrôle de rationalité, un très bon outil scientifique qui fait le partage entre ce qui est du domaine du rationnel et ce qui du domaine de lontologique, de lêtre et de la personne. Cela permet déviter de formuler des pseudo-lois : quand on essaie de les vérifier par ordinateur, cela ne marche pas. Pierre PERRIER prend comme exemple un grand projet scientiste financé par le monde communiste peu avant son effondrement : il sagissait de créer une espèce de modélisation de la société selon les principes du marxisme, et de démontrer ainsi la vérité scientifique du marxisme. Cela na pas fonctionné, et personne nen a parlé, surtout pas en Occident. Or cétait une magnifique démonstration a contrario de la fausseté de lidéologie communiste ! Un monde immense habité par lhomme Olivier COSTA de BEAUREGARD soulève alors le problème, ou plutôt lhypothèse de la pluralité des mondes habités : " Il me paraît inconcevable que nous soyons dans lunivers les seuls de notre niveau Jai lu dans lEcriture que le Seigneur Jésus a été amené à soccuper dautres brebis qui ne sont pas de cette bergerie " Mgr COSTE ladmettrait volontiers au plan philosophique ; mais, théologiquement, lIncarnation du Fils de Dieu sur la planète Terre lincline à penser que dautres humanités sont peu concevables. Le Père Abbé invoque lunité de lunivers issu du big bang " un univers connecté ", dit Trinh Xuan Thuan pour avancer que si le Verbe de Dieu sincarne sur une planète, cest un peu comme sil sincarnait sur toutes les planètes : il assume lensemble de la création et récapitule ou range sous un seul chef toutes les créatures, célestes et terrestres. Son salut atteint les hypothétiques " animaux raisonnables " qui pourraient exister. Sil est vrai quen agissant sur un point minuscule, mais bien choisi, de lunivers, on provoque des répercussions exponentielles cest la Mécanique quantique qui le dit et le prouve on peut dire, en raisonnant par analogie, que létat spirituel de lhumanité sur le petite planète Terre a des répercussions sur lensemble de lunivers dans sa montée vers létat de gloire, sa fin ultime. La mort et la Résurrection du Christ atteint mystérieusement les extrémités du monde, et la Parousie les atteindra visiblement, sil y a, quelque part dans les lointaines galaxies, des yeux pour la voir. De toutes manières, il y a le monde angélique qui gère lunivers dans toutes ses parties. Par leur ministère, la Bonne Nouvelle parvient aussi aux extrémités du monde, sil y a des oreilles pour lentendre... Sur le nombre de planètes habitables (ce qui ne veut pas dire habitées), les avis des scientifiques sont partagés. Pour les uns (dont Monod), la Terre est unique, étant donné le nombre exorbitant de conditions à remplir pour que la vie évoluée soit possible ; pour dautres, une centaine offriraient des caractéristiques proches de la Terre ; pour dautres enfin, il y en aurait des milliards ! Tout dépend de la manière dont on applique le calcul des probabilités Quel regard pour le IIIe Millénaire ? Anne DAMBRICOURT évoque le programme américain pour lécoute des messages que pourraient émettre des intelligences extra-terrestres, avec un budget de $45 millions. Est-ce pure curiosité ? Y a-t-il une arrière-pensée idéologique qui voudrait relativiser, voire anéantir la Révélation biblique et lui opposer une autre révélation ? Chose curieuse, si lon suit le schéma darwinien selon lequel lémergence dun être conscient ne peut être que le fruit du hasard, dénué de toute signification, alors il en va de même dans nimporte quelle partie de lunivers. La recherche dêtres conscients ailleurs est donc sans objet, car elle na aucun sens et ne prouve rien. 45 millions de dollars pour rien Et pourtant, souligne Pierre PERRIER, ces recherches bénéficient dune énorme financement. Trois programmes sont en cours : celui dont il vient dêtre question, le Programme Mars (découvrir la vie sur la planète Mars) et le Programme démergence dune pensée artificielle par un couple dordinateurs. Il y a toujours un lobby pour financer ces programmes, lequel lobby est désespéré de voir que rien nen sort, change périodiquement les chefs de projets, lesquels, pour se maintenir en place, proclament périodiquement quon est sur le point daboutir. Tout récemment, on a exhibé un aérolithe portant des traces de matière organique, prétendument venu de Mars. Largument était dépourvu de toute valeur scientifique, mais il sagissait de justifier les dépenses du contrat de recherche de la vie sur Mars pour pouvoir recevoir de nouveaux subsides Le monde est en quête dun nouveau regard pour le troisième millénaire. Ce nest pas la vieille idéologie scientiste qui le lui fera découvrir. LUnité de recherche se réunira à nouveau le 25 septembre. |