Editorial

Dieu a fait l’oeil pour la lumière, et la lumière pour l’oeil.

Et si Dieu avait créé le monde, rien que pour être vu par l’homme ? Pour l’émerveillement de l’homme et de la femme ? Rien que pour le plaisir de voir l’homme s’émerveiller ? Rien que pour voir comment il s’y prendrait pour le transfigurer ?

Mais les ténébres sont venues. L’oeil de l’homme a perdu sa simplicité - et le monde est devenu ténébreux. Un changement de regard est intervenu, avec un changement de décor : " Leurs yeux s’ouvrirent, et ils connurent qu’ils étaient nus " (Gn 3, 7). Disparu le jardin d’Eden avec ses fruits qu’ils devaient cultiver, apparut le sol maudit, avec épines et chardons. Entre les deux, les chérubins et la flamme de l’Epée fulgurante.

Alors le regard de l’homme fut tantôt attentif, tantôt distrait; tantôt bienveillant, tantôt malveillant; tantôt accueillant, tantôt hautain; tantôt clair, tantôt trouble; tantôt lumineux, tantôt ténébreux. Dieu laissa subsister le regard de l’enfant, celui du poète, celui du contemplatif, parce que, tout de même, l’homme et la femme étaient toujours à l’image de Dieu. Mais il laissa se répandre sur le monde le regard prédateur, le regard du mépris et de la haine, le regard grossier et matérialiste, et le rationaliste, qui est peut-être le pire de tous, parce que le plus hypocrite.

Au seuil du Troisième Millénaire, après les ruines du XXe siècle et de ses idéologies, c’est encore ce type de regard qui prétend assurer la construction du monde à venir. Un changement de regard s’impose. Qui donnera à l’homme :

        un nouveau regard,
        un regard qui fait exister,
        un regard qui rend l’autre meilleur,
        un regard qui transfigure la création
        et suscite la beauté des êtres ?