L'
ANALOGIE, pour beaucoup de nos contemporains, est une notion assez vague qui s'apparente
aux comparaisons dont on illustre volontiers un exposé abstrait, pour le
rendre plus clair, plus concret, plus attrayant ; et il est bien vrai que l'analogie
joue souvent ce rôle. Mais comme toute comparaison n'est jamais totalement
adéquate, on en conclut - à tort, on va le voir - que l'analogie
n'apporte rien de nouveau en fait de connaissance exacte, qu'elle n'est en rien
scientifique, et qu'on peut l'abandonner sans dommage à la littérature
et à la poésie
En un sens, l'analogie est un certain
regard sur les choses, qui permet d'aller plus loin que la simple apparence, d'approcher
de plus près la réalité qui demeure voilée. Comme
nous sommes tous ici en recherche d'un nouveau regard sur l'homme, sur la création,
sur Dieu, nous allons immanquablement rencontrer l'analogie dans toutes nos démarches.
Il est donc indispensable de savoir ce qu'elle est, ce qu'on peut en attendre,
ce qu'il ne faut pas lui de-mander. On nous pardonnera l'aspect technique - et
un peu rébarbatif - des définitions que nous allons rappeler à
notre mémoire.
Il faut avant tout bien distinguer, dans les concepts
ou idées, non pas deux, mais trois modes irréductibles de signification.
Un concept peut être univoque, équivoque ou analogue. Il est univoque
quand il peut s'attribuer d'une manière absolument identique à des
sujets di-vers. Par exemple, le concept exprimé par le mot homme convient
à Pierre comme à Paul, à un Blanc comme à un Noir,
un Jaune, un Rouge
A l'opposé, équivoque se dit
d'un nom qui ne s'applique à des sujets divers que dans un sens totalement
différent. L'exemple classique est le mot " bélier ",
qui sert à désigner une constellation céleste aussi bien
qu'un animal à cornes
Un terme équivoque n'est donc pas à
proprement parler un concept : il n'est qu'un mot qui recouvre des concepts totalement
diffé-rents, sans rapport les uns avec les autres. C'est ainsi que nous
voyons les hommes nager dans l'équivoque quand ils prétendent dialoguer
sans donner le même sens aux mots qu'ils em-ploient
Analogue,
en revanche, se dit d'un concept portant sur des réalités certes
essentielle-ment diverses, mais qui, cependant ont entre elles une certaine proportion.
Il est donc inter-médiaire entre univoque et équivoque, et désigne
une notion qui s'applique à plusieurs sujets en un sens ni totalement identique
ni totalement différent.
On distingue deux sortes d'analogies
: au sens propre et premier, l'analogie de propor-tionnalité est celle
d'un concept qui convient à plusieurs objets en raison d'une similitude
de rapports. C'est ainsi qu'on parle de la lumière de la vérité,
en signifiant par là que la vérité est à l'intelligence
ce que la lumière du soleil est aux yeux du corps. De même, "
il y a analogie entre les couples de nombres 1/2, 3/6, 5/10 . De même entre
la tête et le chef, parce que le chef est à sa troupe ce que la tête
est au corps ; entre l'il et l'oreille, parce que l'oreille est au son ce
que l'il est à la lumière (
) entre la bonté de
Dieu et celle de l'homme, Dieu se comportant comme l'homme bon, mais avec les
différences essentielles résultant de sa nature propre " .
Il s'agit donc d'une proportion de rapports.
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