POUR
UN NOUVEAU REGARD SUR LA CREATION :
Par Chrétiens Magazine
Entretien de Patrick SBALCHIERO avec Dom Gérard LAFOND,
Abbé
de Wisques, sur le Projet Nouveau Regard.
1er mars 2004.
PS.
Père Abbé, comment avez-vous eu l'idée de créer le
Projet Nouveau Regard ?
GL.
Je réfléchissais à une contribution souhaitable des moines
bénédictins - et particulière-ment de ma communauté
de Wisques - à la nouvelle évangélisation dans la perspective
du grand Jubilé de l'an 2000. Je me suis posé la question : Qu'est-ce
que les moines peuvent ap-porter aux hommes et aux femmes de notre temps (à
part les produits de leur artisanat) ? De toute évidence, ce qui fait l'essentiel
de notre vocation contemplative : une rencontre et un partage du regard contemplatif
sur Dieu, sur l'homme et sur la création avec d'autres regards : ceux des
scientifiques, des artistes, des penseurs, des personnes impliquées dans
les relations humaines
De cette rencontre - de cette convergence des regards
enrichis les uns par les autres et tournés vers le Christ - devrait naître
un regard nouveau, tout à l'opposé des idéolo-gies qui ont
déshonoré le 20e siècle. Au regard fragmenté sur un
monde éclaté devrait se subs-tituer un regard unifié sur
un monde en communion. Nous avons commencé en 1997.
PS.
Le PNR serait-il une " école du Seigneur " ? Un " laboratoire
de recherche " ?
GL.
Vous pensez sans doute à une définition du monastère que
saint Benoît donne dans le Prologue de sa Règle : Dominici schola
servitii, une école du service du Seigneur ? Le PNR n'a pas cette prétention
; mais il est vrai que les participants à nos séminaires, plongés
quel-ques heures ou quelques jours par an dans la liturgie et le silence de l'abbaye,
peuvent se lais-ser instruire par cette expérience. On apprend à
regarder, puis à contempler. - Un laboratoire de recherche ? Oui, dans
un sens. Chercher à retrouver un regard global sur le monde, sur l'homme
et sur Dieu, cela suppose un effort de réflexion, de comparaison et d'assimilation
des diverses disciplines et de points de vue différents ; notre recherche
intellectuelle est essen-tiellement interdisciplinaire, voire transdisciplinaire
Mais la recherche est aussi et avant tout d'ordre spirituel : il s'agit de regarder
autrement, de retrouver l'émerveillement de l'enfant devant la création
Le regard de l'homme est faussé depuis le " péché originel
" - comme si " l'ouverture des yeux " du premier Adam, son changement
de regard, avait entraî-né un " changement de décor ",
le monde ne lui apparaissant plus comme un paradis, mais comme une terre maudite,
produisant épines et chardons (Gn 3, 17-18)... Seul le Regard du nouvel
Adam peut transfigurer le monde.
PS.
Concrètement, comment fonctionne le Projet Nouveau Regard ?
GL.
C'est très simple. Nous avons constitué une Unité de Recherche,
composée de personnes de niveau universitaire, qui se réunit trois
fois par an à Paris pour une demi journée de travail ; les membres
de l'UR préparent un programme de trois séminaires pour l'année,
pendant trois jours, sur un thème en rapport, évidemment, avec l'objet
de notre recherche. Enfin, trois fois par an aussi, une session d'initiation est
l'occasion d'entrer plus profondément dans la péda-gogie biblique
du regard par visualisation, intériorisation et actualisation de la Parole
de Dieu. L'initiation comporte trois degrés, correspondant aux trois âges
ou voies de la vie spirituelle : voie purificative, voie illuminative, voie unitive.
Séminaires et sessions d'initiation ont tou-jours lieu dans le cadre monastique
de l'Abbaye Saint-Paul, avec une réunion de synthèse à l'Abbaye
Notre-Dame, chez nos soeurs les moniales de Wisques.