Conclusion
de la première Partie
Nos sciences nous aident à comprendre le fonctionnement du monde.
Mais elles n'expliquent pas tout, comme le reconnaissait William James pour
ses collègues de l'université d'Harvard (en 1895) : " La science
a fait des bonds si extraordinaires depuis trois cents ans
que ses adorateurs
ont eu de quoi en perdre la tête.
C'est ainsi que dans cette université,
j'ai entendu plus d'un professeur décréter que la Science possédait
maintenant toutes les vérités fondamentales et qu'il ne reviendrait
plus aux temps futurs que des ajouts de détail. "
"
Une simple réflexion sur le tableau actuel suffit à montrer tout
ce que cette conception peut avoir de barbare.
Elle témoigne d'un tel
manque d'imagination scientifique que l'on voit difficilement comment quelqu'un
participant activement à l'avancement de n'importe quelle science peut
s'exprimer de façon aussi fruste.
Pensez aux si nombreux concepts scientifiques
qui ont vu le jour durant notre génération, à tous les nouveaux
problèmes qui ont été formulés alors qu'on n'y avait
jamais pensé auparavant, puis considérez la brièveté
de la carrière de la Science. "
" Peut-on croire qu'une
aussi rapide prolifération de la connaissance, une telle connaissance foudroyante
peuvent représenter plus qu'un minuscule aperçu de ce que se révèlera
être l'univers lorsqu'il sera compris correctement ? Non.
Notre science
n'est qu'une goutte d'eau, notre ignorance un océan.
S'il existe une
certitude, c'est bien celle-ci : que le monde de notre connaissance physique est
enveloppé dans un autre monde infiniment plus vaste et dont nous ne pouvons
pas nous faire présentement aucune idée positive. "
(in J. Allen Hynek " Les Objets Volants Non Identifiés ", 1974,
page 9)
Simone Weil va encore plus loin dans sa critique de la connaissance scientifique
: " Les savants exigent du public qu'il accorde à la science ce respect
religieux qui est dû à la vérité, et le public les
croit.
Mais on le trompe.
La science n'est pas le fruit de l'esprit de
Vérité et cela est évident dès que l'on fait attention.
Car l'effort de la recherche scientifique, telle qu'elle a été comprise
depuis le XVIe siècle jusqu'à nos jours, ne peut pas avoir pour
mobile l'amour de la vérité. "
Omar Khayam, astronome,
poète et algébriste persan du XIème siècle avait été
plus concis :
Jamais
mon cur ne s'est rassasié de connaissances,
Peu des secrets ont
échappé à ma vigilance.
Soixante et douze années
j'ai réfléchi nuit et jour.
Et je sais seulement que je ne sais
rien.
L. Wittgenstein (1972), dans les dernières phrases du Tractatus, est encore
plus bref : " Nous sentons que, même si toutes les possibles questions
scientifiques ont trouvé leur réponse, nos problèmes de vie
n'ont pas même été effleurés ".
La science n'est donc pas suffisante pour nous donner toute la vérité
dont nous avons besoin, et nous devons étancher notre soif en puisant aux
autres sources de vérité.