Notre-Dame de Wisques, 1er novembre 2007

HOMELIE POUR LA FÊTE DE TOUS LES SAINTS

Ap 7, 2-4.9-14. I Jn 3, 1-3. Mt 5, 1-12a

 

L’honneur de l’Eglise et la gloire de Dieu

 

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Andis que nous cheminons jour après jour vers la fin de l’année liturgique, frères et soeurs, l’Eglise nous invite à regarder vers le ciel dans la joie de l’espérance pour contempler cette foule immense vêtue de blanc dont nous parle l’Apocalypse, multitude que nul ne peut dénombrer. Elle monte de la Terre où nous autres mortels sommes encore en pèlerinage, et elle constitue les pierres vivantes de cette Cité sainte qui se construit dans l’invisible. Celle-ci descendra du ciel, au temps fixé par Dieu, quand le Christ Jésus viendra dans la gloire.

            Cette foule vêtue de blanc n’est pas anonyme ; elle est au contraire personnalisée à l’extrême : Dieu connaît chacune de ses brebis par son nom. Au ciel, tout est Relation… Mais comme il n’est pas possible, à nous autres Terriens, d’avoir une connaissance parfaite de chacun des Bienheureux, l’Eglise a institué cette fête de tous les saints pour nous permettre d’embrasser d’un seul regard la totalité de la Cité sainte qui prie pour nous et nous attend.

En multipliant les béatifications sous les Pontificats de Jean Paul II et de son Successeur Benoît XVI, le Saint-Siège veut d’abord donner en exemple aux chrétiens d’aujourd’hui et de demain les innombrables Témoins du Christ qui ont vécu et sont morts dans une fidélité souvent héroïque à l’Evangile. Mais il désire aussi rectifier l’image de l’Eglise que se font trop de nos contemporains, sous l’influence des médias du monde sécularisé.  

Non, l’Eglise n’est pas une « multinationale » en difficulté, en décalage par rapport aux réalités modernes, et qui ne tardera pas à déposer son bilan parce qu’elle est devenue inutile à la société – nuisible même, dit-on, quand elle s’oppose, au nom de la Morale, au progrès triomphal des techniques génétiques et autres. Par ailleurs, on ressasse perpétuellement les mêmes critiques sur quelques institutions du passé de l’Eglise, on va jusqu’à mettre en cause sa fidélité à l’enseignement originel du Christ par des arguments cent fois réfutés, et, bien entendu, on exploite sans vergogne les moindres scandales qui éclaboussent de temps en temps la Robe sans couture.

Comment réagir devant tant de mauvaise foi ? Faut-il rejoindre nos détracteurs sur leur propre terrain, discuter avec eux point par point chacune de leurs accusations, les réfuter une à une, dans l’espoir d’être entendu, au moins par les honnêtes gens ? Certes, il faut rétablir la vérité toutes les fois qu’on le peut, sans se lasser. Mais chacun sait que les discussions sans fin ne servent à rien. – Voulez-vous savoir, frères et sœurs, comment procédaient les Apôtres ? En voici un exemple. Nathanaël ne voulait pas croire que le Messie viendrait de Nazareth, cette cité de la Galilée des Nations qui n’avait jamais donné naissance à un seul prophète… De Nazareth peut-il sortir quelque chose de bon ? Très sagement, Philippe s’est bien gardé de commencer un plaidoyer pour Nazareth. Il s’est contenté de mener à Jésus son contradicteur, en lui disant : Viens, et vois ! (Jn 1, 46).

  Nos Papes successifs font de même. Ils disent au monde profane : Vous ne voulez pas reconnaître la beauté de l’Eglise du Christ ? Vous la méprisez et vous l’insultez ? Venez et voyez les saints que la Mère Eglise ne cesse d’enfanter à son Epoux. Regardez Marie, l’Immaculée Mère de Dieu, la Femme parfaite, le chef d’œuvre de la Création ; voyez les Martyrs, les Confesseurs de la foi, les Vierges et tous les fidèles qui ont suivi le Christ de la Croix à la gloire. Il ne s’agit pas d’un petit nombre de personnalités exceptionnelles, mais d’une multitude incommensurable parvenue à la perfection. Quoi de plus beau, quoi de plus encourageant pour nous dans les épreuves de la vie ? Croyez-vous vraiment que l’humanité sans Dieu soit capable de faire aussi bien, ou de faire mieux ?

A grand’peine, vous dénombrez les quelques grands hommes qui, sans la foi, ont contribué à la construction de la cité des hommes : Souverains ou Présidents, Politiciens, Savants, Penseurs, Artistes, Hommes d’affaire… et vous en faites des héros ! Même s’il n’est pas question de nier leurs mérites, il est impossible de ne pas déceler l’ambiguïté de leurs œuvres, les limites de leur action, les contradictions de leur personnalité. La plupart des grands hommes qui ont marqué l’histoire sont rarement des modèles de vertu à imiter en tout… Maintenant, ils sont morts, et toute leur gloire s’est ensevelie avec eux dans la tombe. Ils ne peuvent plus rien pour l’humanité…

Voyez maintenant les saints. Ils étaient des hommes et des femmes ordinaires, pas forcément doués de dons naturels particuliers, et ils vivaient au milieu d’un monde tentateur, opposé à l’esprit des Béatitudes. Ils se sont tournés vers le Seigneur, et ils ont refusé l’orgueil, la volonté de puissance, la violence, la cupidité, la corruption, l’égoïsme, la dépravation des mœurs. Ils se sont consacrés au service de Dieu et de leur prochain. Ils ont vécu dans l’humilité et, souvent, dans la pauvreté. Ils ont été incompris et persécutés. Ils ont prié et offert leur vie pour ceux qui ne les aimaient pas. Ils ne disposaient d’aucun des moyens humains qui permettent d’entreprendre de grandes choses, et pourtant leurs œuvres ont perduré parfois pendant des siècles, et toutes nos « valeurs » viennent d’eux. Par dessus tout, ils ont aimé et fait triompher l’Amour. Et maintenant, ils vivent éternellement avec le Christ dans l’Esprit-Saint à la gloire du Père. Ils sont l’honneur de l’Eglise et la gloire de Dieu.

Notre Saint Père Benoît XVI vient de béatifier à Rome 498 Martyrs espagnols, tués en haine de la foi avant et pendant la guerre civile d’Espagne. Comme on l’a remarqué, « jamais l'Eglise n'avait béatifié un nombre de martyrs aussi important. Il s'agit d'hommes et de femmes, laïcs, prêtres, religieux, religieuses, assassinés en 1934 sous la seconde république espagnole et entre 1936 et 1939 en pleine guerre civile. En comptant les nouveaux bienheureux de ce dimanche, l'Eglise catholique a béatifié en tout 977 martyrs de la persécution religieuse espagnole des années 30 et elle en a canonisé 11. Les procès de béatification d'environ 2000 autres cas de martyrs de la persécution religieuse espagnole sont en cours. On pourrait proposer jusqu'à 10.000 martyrs de cette période de l'histoire de l'Espagne ». Le Saint Père a conclu la cérémonie de béatification par ces mots : « Que la fécondité de leur martyre produise d'abondants fruits de vie chrétienne parmi les fidèles et dans les familles ; que leur sang versé soit semence de nombreuses et saintes vocations sacerdotales, religieuses et missionnaires ».

Ces martyrs ne sont pas des victimes de l’histoire, mais au contraire des vainqueurs du péché et de la mort. Ils ont rejoint le Christ dans le Royaume de Dieu, ils se sont réunis aux myriades d’anges et de bienheureux, et ils sont avec nous une seule Eglise du Christ. Car nous aussi, frères et sœurs, nous sommes des saints, consacrés par le Baptême et destinés à la Vie éternelle. La Toussaint, c’est aussi notre fête ! Demain, nous ferons mémoire de tous nos défunts et nous prierons pour eux ; eux aussi font partie de la grande famille de Dieu.

            Une telle vision de la destinée humaine est indispensable à tout chrétien pour lui donner un juste regard sur le monde, pour motiver ses actes et pour affronter sereinement les épreuves de la vie présente. Comme ils sont à plaindre, les hommes et les femmes qui ne trouvent aucun sens à leur vie, et qui s’approchent de la vieillesse et de la mort sans savoir où ils vont, ni où va le monde ! A les entendre, ils sont nés par hasard et ils disparaîtront sans laisser de trace, tout comme cet univers merveilleux, mais absurde et inutile à leurs yeux, qui s’enfuit vers le néant à travers un espace infini, à des vitesses inimaginables... Certains pensent ainsi, et s’en font une philosophie désabusée. Les autres, l’immense majorité de nos contemporains, préfèrent ne pas y penser, et s’étourdir dans les soucis et les plaisirs de la vie quotidienne.

            Mais pour nous, frères et soeurs, la fête de la Toussaint est un jour de victoire et de joie. Les saints attestent que la Rédemption du monde par la Croix du Christ n’a pas été vaine ; que le monde nouveau est en marche et se construit jour après jour ; et que tout l’univers sera transfiguré, quand Jésus viendra avec tous ses Anges et tous ses Saints.

 

AMEN

                                                                                        GL