Projet
Nouveau Regard
Séminaire 2009 MARANATHA
« Fin du monde, Fin des Temps, Signes des
Temps »
Schéma préparatoire
Introduction
Les premiers chrétiens vivaient dans la joyeuse
attente de la Venue du Seigneur Jésus dans la gloire. Puis la Vigilance
des fidèles s’est relâchée peu à peu, et les
Dix vierges de la parabole (Mt 25, 1-13) – les sages comme les étourdies
– se sont endormies… Jusqu’au moment où un cri a jailli
dans la nuit : Voici l’Époux ! Sortez à sa rencontre !
Alors les dix vierges se réveillèrent et apprêtèrent
leurs lampes…
Le cri dans notre nuit a retenti avec le concile Vatican II, et la liturgie rajeunie de la Messe romaine a remis sur les lèvres des fidèles la supplication oubliée : Viens, Seigneur Jésus ! Le moment n’est-il pas venu d’en tirer toutes les conséquences ? De redonner à l’attente de la Parousie toute sa ferveur originelle ? De proclamer à la face d’un monde en perdition la formidable espérance des disciples du Christ en la victoire de la Vie sur la Mort, en la Transfiguration de toute la Création dans la gloire du Père ?
La gravité de la crise que nous traversons actuellement – et dont la crise financière n’est que le révélateur – conduit beaucoup de gens à se poser la question : s’agit-il de la fin d’un monde (analogue à la fin de l’Empire romain, par exemple) ou de la fin du monde ? Il est important de savoir ce qu’on met sous le nom de fin.
On
constate :
Pour exprimer leur attente fervente de la Venue du
Christ dans la gloire, les premiers chrétiens réunis en assemblées
liturgiques psalmodiaient en araméen : Maran atha : le Seigneur
vient ! (I Co 16, 22). Ou encore : Marana, tha :
Notre Seigneur, viens ! D’où le titre de notre séminaire.
On lit dans l’Apocalypse la réponse du Seigneur : « Oui,
je viens bientôt ! – Amen, viens, Seigneur Jésus »
(Ap 22, 20).
I. Fin du monde :
Partie scientifique
et philosophique.
1) Commencement et fin de l’univers (espace-temps). L’univers est en mouvement. L’univers est en expansion. L’univers a une histoire. Comment prévoir sa fin ? Expansion indéfinie aboutissant au total refroidissement, Équilibre, Big crunch : ces trois scénarios ont été proposés pour la fin de l’ensemble des galaxies, de toute matière et de tout rayonnement, y compris la « matière noire » (23%) et l’énergie sombre (plus de 70%) encore peu connues. Si la « fin » signifie pour nous la cessation d’existence, la Science peut-elle se prononcer sur un tel « retour au néant », notion qui relève de la Métaphysique ? Ou bien peut-elle parler seulement de température ramenée au zéro absolu ? Que penser de l’hypothèse d’un recommencement cyclique du big bang, autrement dit d’une série indéfinie (ou infinie ?) de mort et de renaissance du cosmos ? Que devient le Temps dans cette hypothèse ? Quel rapport avec l’éternité ?
Localement :
Fin du système solaire et extinction de notre soleil (dans 5 milliards
d’années environ).
2) En ce qui concerne la Terre, son sort est lié à celui du soleil ; mais il existe plusieurs scénarios-catastrophes envisageant des causes pouvant intervenir dans un avenir plus ou moins proche et mettant en péril son équilibre écologique, physique, voire son existence même en tant que planète : Réchauffement climatique incontrôlable avec toutes ses conséquences, chute d’un astéroïde, basculement des pôles, guerre nucléaire, autres événements imprévisibles d’origine inconnue…
3) L’évolution des vivants s’arrêtera quand toute vie sera devenue impossible, mais peut-être avant ? L’entropie finira-t-elle par l’emporter sur la néguentropie ? Ou, en sens contraire, selon certains, peut-on invoquer la « Loi de l’équivalence entre information et entropie » (Brillouin) pour imaginer une « survie » de la vie ?
4) L’évolution a-t-elle atteint un sommet indépassable avec l’Homo sapiens sapiens ? Que peut-on attendre des suites éventuelles de l’évolution des vivants en général et de l’homme en particulier pour surmonter les dégradations de l’environnement ? Que penser des « rêveries technologiques » de certains scientifiques ? Hawking pense que les voyages intersidéraux permettront à l’humanité de trouver refuge sur une autre planète[2] ; les tenants du Transhumanisme travaillent à la robotisation de l’homme en vue de promouvoir une nouvelle humanité plus performante que l’actuelle…). L’extinction de l’humanité et son remplacement par une espèce prenant le relais de l’évolution peuvent-ils être envisagés comme plausibles ?
5) Qu’est-ce que le Temps ? Distinguer : Temps astronomique, temps préhistorique et historique, temps quantique. Question d’échelle ? Le Temps est-il cyclique, linéaire, ou « spiralé » (synthèse du linéaire et du cyclique), ou encore emboîté (chaque temps formant un tout distinct des autres, se suffisant à lui-même et ayant sa propre histoire, mais en interaction avec les autres et en référence à l’éternité[3]) ? Peut-on penser, notamment par l’étude de courbes hyperboliques, que le temps n'est pas un domaine illimité que nous actualisons, ad libitum, par nos activités ? Le temps ne serait-il pas, au contraire, un donné dont l'extension est prédéfinie et dans lequel l'humanité ne peut que se glisser humblement en prenant bien conscience qu'il finira ? Dans cette hypothèse, la science permettrait-elle de calculer, avec une marge plus ou moins importante, le « temps de la fin » pour l’humanité et son environnement, dans un avenir relativement proche, en tout cas dans le temps historique ?
6) Question annexe : Le point sur les dernières découvertes d’exoplanètes dans notre galaxie. La Terre est-elle la seule planète de l’univers, porteuse de vie ? Quelle probabilité pour l’existence d’exoplanètes porteuses d’une vie ayant évolué jusqu’à un équivalent de l’animal raisonnable ? Et, dans ce cas, jusqu’à l’apparition de « civilisations » ayant abouti à une technologie analogue, égale ou supérieure à la nôtre ? Soit dans le passé, soit dans notre présent, soit dans l’avenir ?
Si oui, est-il envisageable, étant donné leur éloignement dans l’espace (et le temps !) par rapport à la Terre – sans parler de l’étrangeté des cultures et des langages – d’établir des relations avec les éventuels habitants des exoplanètes qui rempliraient ces conditions ? Calculer les probabilités ! Que penser des recherches actuelles en vue de communiquer avec les « humanités » extraterrestres ? Si la réponse à la question semble bien négative, les milliards de dollars consacrés à cette recherche à motivation clairement idéologique ne seraient-ils pas mieux employés ailleurs ? Enfin, que penser du « phénomène OVNI » interprété la plupart du temps par ceux qui ne nient pas a priori son existence, comme un début de contact avec des extraterrestres (alors que cette interprétation est extrêmement peu probable, et n’est en tout cas pas la seule possible) ?
7) Étendue et limites de la connaissance scientifique et de la technologie. Le progrès des connaissances et des technologies est-il indéfini (sans limites assignables) ? Étant donné qu’elle reconnaît désormais ses limites[4], la Science peut-elle et doit-elle suggérer la possibilité d’un au-delà de la finitude des choses ? Ou admettre simplement que la question se pose, et laisser la porte ouverte à une réponse par d’autres modes de connaissance (Métaphysique, Révélation, Trésor des sagesses de l’humanité) ?
8) Question philosophique et anthropologique : l’intellect qui fait de l’homme un animal raisonnable peut-il disparaître en entraînant la mort de la personne humaine ? Survivre à l’univers et vivre en Dieu ?
II. Fin des Temps
Partie théologique
1) « Au commencement (ou dans le Principe) Dieu créa le ciel et la terre ». Que signifie ce commencement ? Que signifie créer ? La création est-elle continue ?
Le Projet initial de Dieu est-il pleinement réalisé à travers le monde tel que nous le connaissons aujourd’hui ? Autrement dit, le monde présent correspond-il purement et simplement à ce que Dieu a voulu et veut de toute éternité ? D’où vient le mal qui est présent dans le monde (mal physique, mal moral, et rapport analogique entre les deux) ? Quel est l’Ennemi qui a semé l’ivraie que l’on découvre dans le champ (Mt 13, 24-30) ? Péché de l’Ange et péché de l’homme « au commencement »…
2) Le Projet initial comprend et fonde la liberté de l’homme, et donc aussi la possibilité du péché et de sa Réparation surabondante par l’Incarnation du Verbe et le Mystère pascal (Passion, Mort et Résurrection du Christ) à la Plénitude du Temps (Ga 4, 4). En conséquence, à partir de l’Incarnation, une nouvelle Création vient se greffer sur la première. Irruption de l’éternité dans le temps : ses conséquences pour la vie de l’Église, Corps du Christ, et pour ses membres, pour l’économie sacramentelle et l’eschatologie. Jésus Christ, nouvel Adam, prend le contre-pied de l’attitude du premier Adam et établit un nouveau modèle de comportement pour l’humanité, en radicale contradiction avec le comportement initié par l’Adam des commencements. Répercussions sur l’ensemble de la Création ?
3) Un temps paradoxal : le nôtre, de la « Plénitude du Temps » à son accomplissement : Restauration (Apocatastase), Nouvelle naissance (Palingénésie) et disposition de toutes choses sous un seul Chef, le Christ (Récapitulation). Les cieux nouveaux et la terre nouvelle en gestation coexistent avec le monde présent dans les « douleurs de l’enfantement » (Rm 8, 22 ; Ap 12, 2). En conséquence, l’histoire du salut coexiste avec l’histoire profane, dans un climat tantôt conflictuel, tantôt pacifique, mais sans compromission du côté de l’esprit de l’Évangile. L’homme est invité à choisir entre l’esprit de l’Évangile et l’esprit du monde ; de son choix dépend la suite des événements, mais l’issue appartient à Dieu seul.
4) Dans quelle mesure l’espoir de l’homme de construire un monde meilleur dès ici-bas par ses propres moyens est-il compatible avec l’Espérance chrétienne en la transfiguration finale du monde ? Si oui, dans quelles conditions ?
A quelles pseudo-valeurs idéologiques doit-il renoncer : l’orgueil ? La prétention utopique à réaliser sans Dieu un paradis sur la terre ? La volonté de puissance et le mépris pour les pauvres et les petits ? La négation pratique de la liberté ? Le refus de toute transcendance ? Une fausse conception des fins dernières et du bonheur ? Une fausse sagesse (la fin justifie les moyens) ? Autres idéologies ?
5) Sens de l’enseignement social de l’Église dans la perspective de l’eschatologie. L’action des chrétiens dans le monde – surtout les activités caritatives – est-elle une préparation nécessaire à l’avènement du Royaume de Dieu (Nouvelle Création) ? À quelles conditions ?
6) Sens chrétien de l’écologie dans la perspective de l’eschatologie.
7) Question annexe I. À propos de la vision de Teilhard de Chardin : Évolution et Point Oméga. Y a-t-il continuité ou saut métaphysique entre le monde en évolution et le monde à venir ? Les cieux nouveaux et la terre nouvelle sont-ils l’aboutissement naturel de l’évolution, ou au contraire une initiative divine d’un autre ordre[5], un Acte gratuit, un pur don de l’Amour de Dieu pouvant intervenir à tout moment ? Dans ce cas, le Temps de la Parousie ne dépend absolument pas de la marche de l’évolution. D’autre part, l’Incarnation du Verbe dans une humanité « sapiens sapiens » semble bien impliquer que l’homme a atteint sa perfection naturelle, tout perfectionnement étant désormais de l’ordre de la sainteté (perfection de la charité) et aboutissant à la résurrection, à la suite du Christ. Après le Christ, n’est-il pas vain d’attendre l’apparition d’un surhomme plus performant que le Christ quant à son humanité ?
8) Question annexe II : Pas d’objection du côté de la foi chrétienne à la « pluralité des mondes habités ». Inutile d’imaginer d’autres incarnations rédemptrices sur d’autres planètes : les actes du Christ accomplis pendant sa vie terrestre ont une portée universelle et atteignent la totalité de l’espace-temps[6] ; l’univers est connecté, et le monde angélique assure la communication des mystères du salut. Pas de souci à se faire pour le salut des extraterrestres, s’ils existent : nous nous retrouverons tous dans le Royaume[7] !
9) Les scénarios du Passage de ce monde au monde nouveau.
La « crise » ultime du monde comme processus de dérèglement universel et comme « jugement » (krisis). La Parousie du Christ comme Signal de l’achèvement du Salut. [Avènement plutôt que « retour », car passage de sa Présence invisible à sa Présence visible.] Sens de la Venue en gloire du Christ avec tous ses anges (Mt 24, 31 ; 25, 31) : pour souligner le caractère cosmique du Salut. La fin du monde corrompu n’est pas destruction, mais purification, restructuration, libération de la corruption, transfiguration dans la gloire.
L’avènement des Temps nouveaux, d’après les Écritures, semble comporter les éléments suivants (en tenant compte du genre littéraire apocalyptique) : Troubles dans le cosmos et dans la société des hommes servant de signes des temps (voir 3e partie) – règne éphémère d’un antéchrist, « messie » de Satan, et subversion totale des valeurs[8] –Apparition (Parousie) du Christ mettant fin au régime de l’antéchrist et établissant la paix messianique. – Résurrection des morts et Jugement dernier – Transfiguration de la Création, Jérusalem céleste, Vie éternelle dans la gloire de Dieu…
10) La question du Millénium. Y a-t-il une étape supplémentaire dans la réalisation du Projet initial concernant l’avènement du Royaume éternel ? Peut-on s’attendre à un temps plus ou moins long de triomphe de l’Évangile – Civilisation de l’amour ; Nouvelle Pentecôte, Règne invisible du Christ… – qui prendra fin avec un ultime et bref « retour de Satan » (Ap 20, 7-10), avant la résurrection et le Jugement dernier ? Enseignement des premières générations chrétiennes (judéo-chrétiens) et de saint Irénée en ligne directe des Apôtres. Position de saint Augustin. Synthèse possible, sans tomber dans le « millénarisme » ?
III. Signes des Temps.
Prospective et Prophétie
1) Les signes des temps selon le Nouveau Testament
a)
Le Christ a annoncé sa Venue dans la gloire (Jour du Seigneur ou
Parousie) comme marquant la fin d’un monde abîmé par
le péché et le commencement des cieux nouveaux et de la terre nouvelle.
La date de la Parousie n’est pas révélée (Mc 13, 32 ;
Ac 1, 7), et elle doit se produire de façon inopinée[9]. Néanmoins,
des signes sont donnés, au vu desquels les fidèles pourront reconnaître
que l’événement est sur le point de se produire, et s’y
préparer. D’où le précepte de « vigilance »,
attentive, mais paisible (II Th 2, 1-8), caractéristique de la vie chrétienne
(Mc 13, 33-37 ; Lc 21, 34-36 ; Mt 24, 42-44). Les chrétiens ne
devraient-ils pas être les veilleurs de l’humanité ?
b) Mais comment voir des signes de la fin des temps dans les « faits divers » que sont pour nous les tremblements de terre, les éruptions volcaniques, les raz de marée, les tsunamis, ou encore, dans l’histoire de l’humanité, les guerres, les famines, les épidémies ? Ne se produisent-ils pas, plus ou moins fréquemment, depuis que le monde est monde ? Dans quelles conditions peuvent-ils cesser d’être des faits divers pour devenir des signes ? Recrudescence des phénomènes ? Concomitance entre événements affectant la Nature et ceux qui concernent l’humanité et son comportement : désordres sociaux, violation des lois naturelles, de la justice sociale, de l’équilibre écologique ? Effets traumatisants sur les populations ? Aspect insolite de certains phénomènes ? Symbolique des lieux où ils se produisent ? Annonce prophétique de l’événement ? Confirmation post factum par « révélation » charismatique transmise par un ou plusieurs personnages dignes de foi ? – Un exemple contemporain : la « Lumière inconnue » qualifiée ensuite par la presse, d’ « aurore boréale », prophétisée en 1917 par l’Apparition de Fatima comme signe du déclenchement de la Seconde guerre mondiale, et qui a été observée effectivement en 1938 sur un territoire dépassant largement les limites d’observation d’une aurore boréale naturelle.
c) Les signes des temps sont-ils concentrés sur la période finale, ou commencent-ils à se produire et à trouver leur application dès la Pentecôte, couvrant toute la période qui va de la Pentecôte à la Parousie, l’apparition du Signe du Fils de l’homme dans le ciel étant le signe ultime coïncidant avec la Parousie elle-même (Mt 24, 30) ?
d) Tels qu’ils sont indiqués dans les évangiles et les écrits apostoliques, les signes des temps semblent tous « catastrophiques », à l’exception de la prédication de l’Évangile jusqu’aux extrémités du monde (Mt 24, 14) – laquelle n’implique d’ailleurs pas la conversion de toute l’humanité. Serait-ce qu’ils visent avant tout les désordres qui accompagnent les soubresauts du monde ancien en train de disparaître définitivement (cf. I Co 7, 34 ; Ap 21, 4) ? Ces « soubresauts » semblent affecter toute la création, à commencer par le cosmos lui-même :
Lc 21, 25-28 : « Il y aura des signes dans le soleil et la lune et les étoiles, et sur la terre une angoisse des nations, dans l’inquiétude du bruit de la mer et des flots, les hommes expirant de peur et d’attente de ce qui arrive à l’univers, car les puissances des cieux seront ébranlées. Et alors ils verront le Fils de l’homme venant dans une nuée avec puissance et grande gloire. Or, quand ces choses commenceront d’arriver, redressez-vous et relevez la tête, parce que votre rédemption approche » (cf. Mt 24, 29-31 et Mc 13, 24-27).
e) Les signes cosmiques sont-ils plus que des symboles ? Ne sont-ils pas le contrecoup physique des désordres qui se produisent dans l’humanité[10] ? Sans ce rapport analogique à l’histoire des hommes, ils seraient illisibles. Il y a en effet deux lectures possibles des événements : une lecture profane, qui n’y voit que le phénomène dans sa matérialité et l’explique par un enchaînement de causes dont toute finalité est exclue a priori ; et une lecture ouverte au sens analogique, qui y cherche un enseignement sur le déroulement de l’histoire du salut et son achèvement, à la lumière de la Parole de Dieu. On ne peut qu’être impressionné, depuis le début du siècle, par la recrudescence des catastrophes naturelles, de plus en plus fréquentes, de plus en plus violentes. La plus grande prudence est cependant requise dans chaque application particulière, sous peine de tomber dans l’illusion, la superstition ou le faux mysticisme, pires dans leurs conséquences pour la foi que le simple dédain… C’est pourquoi Jésus et les Apôtres ont fourni à l’Église quelques critères pour permettre aux fidèles d’y voir clair.
f) En fait, tous ces événements ne deviennent-ils pas plus compréhensibles si on les situe dans le contexte du combat eschatologique ? Satan a pris possession du monde (cf. I Jn 5, 19) – d’où son titre de Prince de ce monde (Jn 12, 31) – et Jésus vient le jeter dehors (Jn 12, 32 ; I Jn 3, 8b). Dès lors, les troubles qui se produisent depuis le commencement et doivent se multiplier et croître jusqu’à leur paroxysme à l’approche de la Parousie peuvent-ils être interprétés comme autant d’agressions de Satan dans le but d’empêcher la Création de revenir à son véritable et unique Seigneur – Dieu, son Messie et son Esprit-Saint – et de l’entraîner dans la perdition éternelle ?
g) Saint Paul décrit à son disciple Timothée, dans un tableau fort sombre, l’état d’esprit des hommes qui vivront à la fin des temps, en pleine révolte contre Dieu (II Tm 3, 1-5 ; 4, 3-4). Ce que confirme la 2e Épître de Pierre (II P 3, 3-4). Ces désordres sont liés à la venue de faux prophètes et de faux christs, jusqu’à la manifestation de l’Antéchrist (ou Antichrist) et des pouvoirs extraordinaires qu’il exercera dans le monde entier (II Th 2, 3-4.8-10a)[11]. Ces descriptions prophétiques peuvent-elles éclairer la situation actuelle de la société en voie de sécularisation et de mondialisation ? Ou bien s’appliquent-elles de façon générale aux désordres de tous les temps, dont l’histoire nous offre bien des exemples ?
2) Analyse de la crise actuelle.
h) La crise actuelle a été préparée par une série d’événements qui ont jalonné le XXe siècle : Guerre de 1914, Révolution bolchevique, montée du Nazisme, Seconde Guerre mondiale, et franchissement d’un seuil avec les Bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki et la Shoah ; puis les génocides, les révolutions en Extrême-Orient, la guerre froide, Mai 68, état de guerre au Moyen-Orient, violences sur tous les continents, terrorisme international, destruction des deux Tours jumelles de Manhattan… La plupart de ces événements ont fait des millions de morts et traumatisé des générations : ils ne doivent pas tomber dans l’oubli. En revanche, quelques événements heureux indiquent la bonne direction : Défaite du nazisme, célébration du Concile Vatican II, Pontificat de Jean Paul II, effondrement de l’Union soviétique et chute du mur de Berlin, Grand Jubilé de l’An 2000… Peut-on dire que ces événements, chacun à leur manière, ont fait entrer l’humanité dans les « derniers temps » ? Peut-on leur reconnaître un caractère « eschatologique » ?
i)
Un fait nouveau et incontournable est apparu en notre temps : la mondialisation.
Tout événement qui se produit en un point quelconque de la terre
est immédiatement connu partout et se répercute en tout lieu, transmis
par des médias qui l’interprètent à leur façon.
Les moyens de transports modernes permettent de se rendre en un temps record d’un
bout à l’autre de la planète pour des rencontres entre personnalités
de la politique ou de la culture, ou simplement pour le développement du
tourisme. Le réseau Internet joue et jouera un rôle de plus
en plus important, non seulement dans la diffusion de l’information, mais
aussi dans l’interpénétration des cultures et dans la multiplication
des échanges commerciaux. Des liens de toutes sortes se tissent entre les
personnes et les communautés, en bien comme en mal.
j) Il existe en effet de nombreux signes des temps positifs, liés à la mondialisation, marquant un certain progrès dans la prise de conscience des vrais problèmes de l’humanité : reconnaissance des limites de la science en tant qu’explication du monde (déjà mentionnée) et nécessité d’un contrôle éthique efficace – fondé sur la raison et donc, qu’on le veuille ou non, en plein accord avec le Décalogue et les principes de l’Évangile – de ses applications ; recherche de la paix ; sens du dialogue ; lutte contre les injustices sociales, la faim et les maladies, souci d’une saine écologie etc. A quoi il faut ajouter les valeurs spirituelles vécues par un nombre croissant de croyants convaincus et la qualité de leur foi, le rayonnement de la Papauté, les progrès de l’œcuménisme, le témoignage de la sainteté et les signes de la Présence du Christ et de l’Esprit-Saint dans le monde, les Apparitions mariales, les miracles[12]…Mais on ne peut nier que les signes négatifs se multiplient. La question se pose de savoir qui l’emportera, dans un premier temps : le bien ou le mal ?
k) En fait, la perte des repères moraux et la sécularisation s’étendent partout, et la culture de mort semble devoir l’emporter sur le respect de la vie humaine, depuis son commencement jusqu’à sa fin naturelle. La famille se décompose, le mariage stable entre un homme et une femme devient de plus en plus rare, la complémentarité des sexes est niée, l’idéologie du gender tend à s’imposer, la drogue sévit, le dévergondage généralisé est prôné comme l’ultime et définitive conquête de la liberté. La multiplication des lois permissives a pour conséquence de fausser les consciences et de leur faire admettre l’inadmissible.
l) Le développement exponentiel des sciences et des techniques – qui, en soi, est une bonne chose – donne à l’homme des pouvoirs exorbitants, qu’il est de plus en plus tenté d’utiliser sans frein : un pouvoir « divin » sera bientôt à sa portée, pense-t-il… Pendant ce temps, de graves dérèglements se manifestent au niveau de la planète, que le comportement irresponsable de l’homme n’a fait que favoriser et accélérer. La technique seule permettra-t-elle de les enrayer ? Quand on mesure les forces de la nature par rapport à la fragilité des vivants, il est permis d’en douter.
m) Les défis qui attendent l’ensemble de l’humanité sont immenses : Développement des nations pauvres, répartition équitable des richesses de la Création, équilibre géopolitique avec les nations émergentes, réduction des idéologies fondamentalistes politico-religieuses qui prônent le recours à la violence, élimination de l’arme nucléaire, désarmement contrôlé, pacification des régions « sensibles », en particulier le Moyen-Orient, respect de la moralité publique et lutte contre la corruption sous toutes ses formes, mobilisation générale pour la protection de l’environnement, etc. etc. Le séminaire s’efforcera d’en énumérer quelques-uns et de les hiérarchiser. La réponse à ces formidables défis ne peut être efficace que moyennant un radical changement de mentalité et de comportement, c’est-à-dire à une véritable « conversion ». C’est ce que l’Église préconise, mais on l’écoute de moins en moins.
n) La mondialisation saura-t-elle éviter à l’homme de succomber à la tentation d’un gouvernement mondial totalitaire ? Déjà se met en place un pouvoir économique, mais aussi idéologique. La Pensée unique s’impose peu à peu. Pour échapper au choc des civilisations et au chaos menaçant, comment éviter que les hommes abdiquent toute liberté et se jettent dans les bras d’un « sauveur miraculeux »… l’Antichrist ? Quand tout sera perdu, alors le véritable Sauveur, celui qui est mort et ressuscité, apportera le salut total et définitif à toute la Création.
o) Selon wikipédia, « la prospective est une démarche de prévision et analyse des avenirs possibles. Sa fonction première est de faciliter la prise de décision sur la base de scénarii intégrant les tendances de fond, mais aussi les signaux faibles qui pourraient modifier le cours des choses à court, moyen ou à long terme. L'individu ou le groupe ainsi éclairés peuvent rationaliser ou préciser leurs stratégies afin de moins subir les évènements pouvant être considérés comme les plus probables. L'exercice impose l'accès à un nombre suffisant de données pertinentes, parfois traduites en modèles ou simplement en courbes de tendance ».
La généralisation de la Prospective dans tous les domaines peut-elle permettre de résoudre tous les défis ? Il suffit d’interroger Google sur Internet pour mesurer l’ampleur et les ambitions de la démarche. Si la prospective peut, à la rigueur, dans des cas particuliers, éviter de s’engager dans des voies sans issue et favoriser des corrections utiles dans la gestion des affaires humaines, elle ne saurait dévoiler l’avenir global du monde, car, par définition, elle n’a pas accès aux choix inattendus de la liberté humaine ni à l’impact des réalités spirituelles, encore moins aux initiatives de la Grâce divine ni aux secrets du Projet initial de Dieu. Enfin, elle ne s’attaque pas aux causes profondes des problèmes humains et n’envisage pas de changer le cœur de l’homme.
La prophétie, sans entrer dans le domaine technique qui n’est pas de son ressort, va évidemment plus loin que la prospective. Mais elle ne permet pas non plus de se représenter de façon claire et définitive le déroulement des événements futurs, car ceux-ci peuvent à tout moment être remis en question par les réponses données à la Parole de Dieu. Ainsi, la prière des saints – et celle des enfants ! – la conversion d’un nombre même restreint de personnes, tel acte de charité parfaite, et par dessus tout le sacrifice des martyrs de la foi, peuvent atténuer, voire supprimer certaines conséquences des péchés et de l’apostasie d’un grand nombre. Ce qui demeure ferme et certain, c’est l’issue du combat final du Christ et de Satan, car la victoire du Christ est déjà acquise par la Croix et la Résurrection.
p) En attendant, ne convient-il pas de rappeler que le seul danger réel pour l’humanité est de s’enfoncer dans le péché et de refuser le salut offert par Dieu ? Rien ne changera vraiment dans le monde tant que le cœur de l’homme demeurera livré à ses passions d’orgueil et de mort. D’où la responsabilité des politiques, des intellectuels et des médias d’information, celle des scientifiques et des philosophes, celle des croyants de toute religion ; d’où l’urgence de l’unité des Chrétiens ; du plein déploiement de la Mission de l’Église en ces temps qui sont les derniers et de la nouvelle évangélisation par le témoignage de la vie plus encore que par des discours ; enfin, de l’annonce, dans le monde entier, de cette bonne, de cette merveilleuse Nouvelle : Le Seigneur vient !
Maran atha !
Pâques 2009
[1] « Il ne s’agit pas de l’espérance en un achèvement apocalyptique de l’histoire entraînant l’effondrement de notre monde, mais de l’espérance en un changement fondamental et radical du monde que nous connaissons. Le nouveau commencement instauré par Dieu met fin au péché, aux divisions et à la finitude du monde, et transforme la création pour qu’elle puisse prendre part à la gloire éternelle de Dieu » (Semaine de l’Unité 2009, méditation pour le 8e jour).
[2] Le 30 novembre 2007, lors d'une réception à
la Royal Society britannique où il a reçu la médaille
Copley, le célèbre physicien Stephen Hawking a déclaré
que les futures avancées des connaissances permettront d'accroître
considérablement la vitesse des transports spatiaux et de rendre possible
l'établissement de colonies dans l'espace, seul moyen pour l'humanité
« d'échapper à des désastres comme la collision
d'un astéroïde ou une guerre nucléaire ».
[3] Dans cette hypothèse, qui sera développée au séminaire, l’histoire du salut tient tout entière dans le temps « historique », et conditionne les autres.
[4] Jean Staune :
« Ce qui est nouveau, c’est que la science démontre de
l’intérieur d’elle-même ses propres limites et la nécessité
de faire appel à un au-delà de la science pour fournir une explication
ultime de l’univers. Il ne s’agit donc pas seulement de dire que la
science n’empêche pas la Foi, mais qu’en restaurant la nécessité
d’une dimension transcendante, elle transforme pour celui qui saura le voir
le monde visible en « signe d’un monde invisible ».
[5] En fait, l’évolution appartient à la création première, et n’a pas lieu d’exister dans la nouvelle création.
[6] L’hymne
liturgique latine de la Passion Pange lingua ne craint pas d’affirmer :
Le doux Corps (du Christ) est transpercé, le sang et l’eau
ruissellent : terre, mer, astres, monde, par ce fleuve sont lavés !
[7] Olivier Costa de Beauregard, qui fut un membre éminent de notre Unité de recherche, aimait à voir dans « les autres brebis qui ne sont pas de cet enclos » (Jn 10, 16) les populations de lointaines planètes…
[8] Au point que Jésus a pu dire : Le Fils de l’homme, quand il viendra, trouvera-t-il la foi sur la terre ? (Lc 18, 8).
[9] « Le Jour du Seigneur arrive comme un voleur, en pleine nuit » (I Th 5, 2-6 ; Mt 24, 42 ; II P 3, 10 ; Ap 3, 3).
[10] Celle-ci étant la partie consciente et responsable de la Création.
[11] Sur l’antichrist, voir aussi I Jn 2, 18 ; 4, 1-6 ; II Jn 7 ; Ap 13, 11-14.
[12] Qui feront l’objet du prochain séminaire Mirabilia Dei (2010).